Les crimes financiers graves, en particulier le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, constituent une menace directe pour l’économie nationale, la crédibilité du système financier et la stabilité sociale.
C’est ce qu’a affirmé, hier, le président de la Cour d’Alger, Mohamed Bouderbala, lors de l’ouverture d’une journée d’étude consacrée aux nouveautés introduites par la loi n° 25-10, du 25 juillet 2025 modifiant et complétant la loi n° 05-01 du 6 février 2005 relative à la prévention et à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Organisée au siège de la Cours d’Alger sous le thème «Les nouveautés en matière de prévention et de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme à la lumière de la loi n° 25-10», cette rencontre a réuni magistrats, experts et différents acteurs concernés par ce dossier sensible. M. Bouderbala a souligné que cette journée d’étude revêt une «importance particulière», en ce qu’elle constitue un cadre institutionnel d’échange d’opinions et d’expériences entre les professionnels du secteur judiciaire et les autres intervenants.
Dans son allocution, le président du Cour d’Alger a insisté sur le rôle central de la justice dans la lutte contre ce type de criminalité. «La justice, en tant que pierre angulaire de l’application de la loi, est appelée à assumer pleinement son rôle», a-t-il déclaré, mettant l’accent sur la nécessité d’une application rigoureuse et précise des textes juridiques, l’unification de la jurisprudence et le renforcement de la formation spécialisée des magistrats afin d’assurer efficacité et performance.
- Bouderbala a également relevé que cette journée d’étude ne se limite pas à un simple échange d’informations, mais constitue une véritable tribune pour la construction d’un réseau de coopération entre institutions et experts.
«La lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme n’est pas la responsabilité d’un seul organe, mais un combat d’État qui exige une vigilance collective et une coordination permanente », a-t-il affirmé, soulignant l’implication nécessaire des magistrats, avocats, notaires, experts financiers et organes de contrôle.
Une loi au diapason des normes internationales
De leur côté, les experts et participants ont estimé que la loi n° 25-10, représente une avancée qualitative majeure. Cette nouvelle législation intègre les évolutions internationales et anticipe les défis futurs à travers l’introduction de dispositions matérielles et procédurales renforcées, notamment la révision de certaines définitions et le durcissement des mécanismes de prévention et de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Les spécialistes ont rappelé que ces infractions figurent parmi les crimes financiers et économiques les plus complexes et les plus secrets, constituant une menace sérieuse pour les fondements économiques et financiers des États. Selon eux, le danger ne réside pas uniquement dans le volume des fonds blanchis, mais surtout dans leur capacité à infiltrer les institutions financières, fausser la concurrence et affaiblir la confiance des citoyens dans le système financier.
Les participants ont également mis en lumière les multiples risques du blanchiment d’argent sur l’économie et la société. Parmi ceux-ci figurent l’atteinte à la stabilité financière et macroéconomique, l’érosion de la confiance dans le système financier, la baisse des investissements étrangers, la hausse des prix affectant le pouvoir d’achat, ainsi que l’apparition de l’inflation et la dépréciation de la monnaie nationale.
Dans le volet académique, les universitaires ont présenté des analyses approfondies axées sur la clarification des concepts juridiques et la mise à jour de la terminologie. Ils ont souligné que la nouvelle loi a introduit un important renouvellement sémantique de plusieurs termes juridiques, contribuant ainsi à une meilleure lisibilité des textes et à un renforcement de leur applicabilité par les juges et les praticiens du droit.
Selon eux, cette évolution permet une plus grande harmonisation du cadre législatif national avec les normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, facilitant ainsi son application pratique et judiciaire.
Cette rencontre vise ainsi à créer un espace de réflexion et de débat constructif, à approfondir la compréhension juridique et pratique des nouvelles dispositions légales et à favoriser l’échange d’expériences entre les différents secteurs concernés, dans l’objectif de renforcer l’arsenal national de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Islam Khermane
