Par Samir MEHALLA
Nous en parlons depuis des lustres, parfois jusqu’à l’usure, comme si la répétition pouvait suppléer l’action. Et pourtant, immergés dans la chair vive de notre société, au contact des citoyens dont nous ressentons chaque frémissement, nous savons combien la nation, dans ses élans comme dans ses inquiétudes, tarde à reconnaître l’urgence de son propre sursaut. Car l’Algérie traverse une époque où les secousses du monde ne nous frôlent plus : elles nous traversent.
Nous avons beaucoup dit, beaucoup clamé. Mais il est temps de le dire mieux. La seule architecture durable pour une Algérie forte, apaisée, inébranlable, demeure la constitution d’un véritable front national : non pas une rhétorique vide, mais une alliance lucide et volontaire autour des institutions qui garantissent la stabilité de l’État. Sans ce socle, aucune ambition ne peut tenir, aucune souveraineté ne peut prospérer.
Reste à trouver l’alchimie, le ferment, la «formule catalytique» capable d’emporter l’adhésion populaire. Car un front national ne se décrète pas, il se conquiert. La France — qui ne nous porte pas toujours l’amitié qu’elle proclame — l’a compris et mis en œuvre avec une redoutable efficacité : CNEWS, BFM, LCI… autant de chambres d’écho mobilisées pour façonner un imaginaire collectif, ériger un mur psychologique, attiser les passions et orienter les réflexes. Là-bas, l’appareil médiatique ne se contente pas d’informer, il enrôle, il discipline, il façonne des foules.
Chez nous, le paysage est tout autre. Nous disposons de chaînes publiques et privées, certes, mais aucune n’a su, jusqu’ici, façonner le citoyen, l’impliquer, le mobiliser. Pourquoi ce silence émotionnel? Pourquoi cette anesthésie de la parole? Voyez AL24 News, par exemple : des plateaux aseptisés, des «experts» brandissant une langue de bois chirurgicale qui glisse sur l’esprit algérien sans jamais y prendre racine. Le premier déficit est linguistique et le second, émotionnel. Car un peuple ne suit pas ce qu’il ne ressent pas. Un peuple s’enrôle lorsqu’on lui parle au cœur autant qu’à l’esprit.
Plus grave encore : nos chaînes, souvent prisonnières d’une logique de clocher, regardent la presse écrite nationale avec méfiance, comme si la parole imprimée pouvait les menacer. Erreur stratégique majeure. La France a tissé l’unité de son récit par la synchronisation parfaite entre télévision et presse écrite. Nous persistons, nous, à les laisser se tourner le dos. Comment, dans ces conditions, espérer un front national solide?
Le monde s’assombrit, les rapports de force s’aiguisent, les alliances se recomposent. L’Algérie n’a plus le loisir de l’improvisation. Il nous faut un récit national clair, assumé, puissant, un média-pays harmonisé, un citoyen respecté mais mobilisé, une émotion collective réhabilitée comme force politique. Le patriotisme n’est ni un réflexe archaïque ni un artifice : c’est une énergie civique qui, lorsqu’elle est canalisée, donne naissance aux nations debout.
Il nous appartient désormais d’être à la hauteur de notre histoire — et surtout de notre avenir. L’heure de la cohésion nationale a sonné. À nous de ne pas la laisser se dissoudre dans le vacarme du monde.
S. M.
