A quelques jours de la visite en Algérie du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, les relations entre les deux pays se trouvent quasiment bloquées ou du moins à un niveau dérisoire que ce soit en matière diplomatique ou économique. La relation s’était profondément fracturée.
Les canaux de communication sécuritaire rompus, la coopération contre l’immigration irrégulière et le terrorisme étant au point mort. Une rupture considérée comme dangereuse pour les deux pays. De plus, aucune visite officielle depuis au moins une année et demie n’a été programmée à l’exception de celle du ministre des Affaires étrangères, Jean Noel Barrot en avril dernier dépêché à Alger pour renouer le dialogue. Une visite qui n’a rien donné au final puisque la crise n’a fait qu’empirer, évitant in extrémis tout juste la rupture totale des relations diplomatiques.
Laurent Nunez, en pompier
La visite imminente de Laurent Nunez dont l’objectif est de panser les plaies de deux ans de rupture et de relancer la coopération sécuritaire est suivie de très près en France qui espère ainsi renouer le dialogue et enclencher une nouvelle dynamique dans l’espoir de rétablir cette confiance perdue. Son futur voyage à Alger apparaît, de ce fait, non comme une simple visite de routine, mais bien plus, il exprime une réelle volonté de réconciliation. «L’Algérie aborde cette volonté de renouer le dialogue avec un principe intangible : toute coopération, notamment dans le domaine sensible du renseignement, ne saurait être fructueuse sans le respect strict de notre souveraineté nationale et une reconnaissance mutuelle de nos intérêts stratégiques», a indiqué une source algérienne à un média français. Le nouveau locataire de la place Beauvau explique cette détente. «Ce qui a permis de renouer avec l’Algérie c’est d’abord notre volonté affichée au sein du gouvernement de rediscuter» affirmait Nunez. Ainsi son futur voyage à Alger se veut la première pierre de cette reconstruction.
Le temps des relations asymétriques révolu
«Notre pays a toujours été un partenaire fiable et stable dans la lutte contre le terrorisme et les trafics transnationaux. Nous possédons une expertise et des capacités reconnues que nous sommes prêts à partager avec nos homologues français, mais sur une base d’égalité et de réciprocité. Il est essentiel que la partie française comprenne que le temps des relations asymétriques est révolu» ajoutait encore cette source algérienne. Pour l’instant, et en matière économique, la crise a complètement impacté les échanges commerciaux», ajoute la même source. Selon les chiffres fournis récemment par les Douanes françaises, les échanges commerciaux algéro-français ont plongé de 12,3% durant le premier semestre 2025 par rapport à la même période de 2024 pour s’établir à 4,8 milliards d’euros. Si le blé et le lait en poudre français sont particulièrement touchés, puisque l’Algérie a réduit considérablement les achats des produits agricoles et agroalimentaires de la France, d’autres secteurs ont été touchés de plein fouet.
Des conséquences économiques
Dans ce contexte, l’activité du port de Marseille vers l’Algérie est particulièrement impactée par la baisse des échanges entre les deux pays. Pour expliquer cette baisse, le président du Grand port maritime de Marseille, Christophe Castaner a rappelé la genèse de la crise entre la France et l’Algérie, à savoir la décision du président français Emmanuel Macron de reconnaître la marocanité du Sahara occidental. «La relation avec l’Algérie a toujours été compliquée. Comme tous les présidents de la Ve République, Emmanuel Macron a pensé qu’il pouvait renouer un lien avec l’Algérie. On a tourné le dos au Maroc (…)», a expliqué l’ex-ministre de l’Intérieur sur le plateau de BFMTV. Pour le port de Marseille, «il y a des conséquences notamment sur le flux» avec la France, précise Castaner. «Il y a un corridor de l’Algérie vers la France qui porte l’Afrique vers la France sur le transport de marchandises, celui-ci est atteint, il fonctionne moins bien, nous avons une baisse d’activité sur l’Algérie», a-t-il développé, sans donner de chiffre précis sur ce recul. Sur les passagers, Castaner n’a pas fait état de baisse, en dépit des restrictions sur les visas qui touchent les ressortissants algériens. «Sur le flux de passagers, les choses se passent plutôt bien», a-t-il dit.
Alger regarde ailleurs
Il est évident que les choses ne reviendront plus comme avant sur le plan économique puisque l’Algérie a choisi une autre voie, celle de la diversification de ses achats avec d’autres pays comme la Turquie, la Russie, l’Italie, la Chine ou encore l’Allemagne. Sur le plan mémoriel, l’Algérie n’a de cesse, de réclamer des excuses officielles et une reconnaissance de la France de ses crimes en Algérie, mais également la restitution d’archives et le traitement des conséquences des essais nucléaires français réalisés dans le Sahara entre 1960 et 1966.
L’Algérie demande en outre la restitution de plusieurs objets historiques algériens comme ceux de l’émir Abdelkader ou le canon Baba Merzoug. Pour autant, les deux pays restent liés par une interdépendance profonde : échanges économiques importants, coopération sécuritaire, et présence en France d’une vaste diaspora franco-algérienne.
Mahmoud Tadjer
