Par S.M
Il y a des moments où l’entendement collectif se heurte à une aporie sidérante, où la logique civique et le devoir de représentation semblent s’évaporer dans les limbes d’une décision impénétrable. Nous sommes, en cette heure grave, les témoins perplexes d’un tel hiatus : comment, à l’instant même où les fanfares de la commémoration résonnaient en l’honneur d’une indépendance chèrement acquise, nos honorables parlementaires et vénérables sénateurs ont-ils pu, avec une célérité quasi-somnambulique, apposer leur assentiment à une loi qui démantèle, pierre par pierre, l’édifice même de notre souveraineté nationale ?
N’est-ce point là le comble de la déconcertation, une volte-face d’une telle magnitude qu’elle en devient une énigme kafkaïenne ?
Ces dépositaires de la volonté populaire, ces sentinelles censées veiller sur l’inaliénabilité du patrimoine national, ont-ils été frappés d’une amnésie subite quant aux sacrifices qui ont jalonné notre quête d’autonomie ?
Comment concilier l’éclat des célébrations patriotiques avec l’opacité d’un vote qui, dans son essence, livre à l’appétit insatiable de consortiums étrangers les entrailles même de notre terre, l’ultime relique de notre affranchissement ?
La stupéfaction est d’autant plus acérée que le précédent est criant, les cicatrices du pillage passé encore béantes dans le corps économique de la nation. L’on se souvient des déprédations de l’ère Khelil, où la souveraineté minière fut si allègrement bradée, laissant derrière elle un sillage de ruines et de désolation. Avons-nous donc si promptement tiré un trait sur ces leçons gravées dans la chair de notre histoire ? Nos législateurs, dont la clairvoyance devrait être le fanal, ont-ils délibérément choisi d’ignorer les diagnostics d’experts algériens, ces Cassandre modernes qui n’ont cessé d’alerter sur le caractère déséquilibré et les béances abyssales d’un texte sans garde-fous ?
Que s’est-il donc passé dans l’hémicycle pour que la règle sacrosainte du 51/49, bastion de notre contrôle sur nos ressources stratégiques, soit si cavalièrement oblitérée au profit d’une servitude économique, concédant jusqu’à 80% des parts à des entités potentiellement prédatrices ? Est-ce là le prix de quelque chimérique manne, d’un mirage d’investissement qui, l’expérience l’atteste, ne se traduit que trop souvent en hémorragie de capitaux et en déprédation environnementale ?
La rhétorique du développement masque-t-elle une abdication insidieuse, une renonciation délibérée à l’autonomie qui est le socle de toute dignité nationale ?
Cette loi n’est pas seulement une défaillance économique, c’est une faille abyssale dans l’intégrité même de notre pacte social et constitutionnel. Elle est une interrogation lancinante jetée à la face de chaque citoyen : qui, désormais, est le véritable dépositaire de la richesse collective, de cet héritage sacré que nos pères ont légué ? Et, plus troublant encore, quelle est la nature réelle de ce pouvoir législatif qui, en un instant d’inattention nationale, peut ainsi désavouer les principes fondamentaux de sa propre existence ? La réponse à ces questions n’est pas qu’intellectuelle. Elle est une exigence morale, un impératif de conscience pour l’avenir de l’Algérie. Le silence ne saurait être complice de cette énigme.
