De 1 244 listes en 2021 à seulement 138 en 2026 : la chute des candidatures indépendantes marque l’un des principaux enseignements des prochaines législatives, et ce, malgré les facilités introduites par la loi électorale, notamment les aides financières destinées aux jeunes candidats pour financer leurs campagnes.
Les élections législatives auront lieu le 2 juillet prochain. Ces élections représentent pourtant, pour de nombreux jeunes candidats sans affiliation partisane, une occasion historique de s’imposer sur la scène politique nationale et de prolonger l’élan du 22 février
Briguant un mandat de député, ces «sans étiquette» rêvent de jouer les trouble-fêtes face à des machines électorales aux moyens bien supérieurs. Ils rêvent de laisser une empreinte dans l’Algérie nouvelle, de susciter des biographies ou de glorieuses pages Wikipédia.
Réputés compétents mais rarement exposés médiatiquement, ils ne veulent pas être condamnés à regarder passer le train du pouvoir.
Une chute vertigineuse
Fait inédit. Les listes indépendantes ont connu un effondrement spectaculaire et controversé. Après l’essor lors des élections de juin 2021, en atteignant 1 244 listes, leur participation à ce scrutin s’est rétrécie comme une peau de chagrin.
Elles ne sont plus que 138 pour les prochaines élections, et ce malgré les facilités importantes introduites par la loi électorale, notamment des aides financières destinées aux jeunes candidats pour financer leurs campagnes.
En effet, sur les 1484 listes de candidature approuvées par l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) à travers les 69 wilayas et les 8 circonscriptions de la diaspora, pour prendre part à ces législatives, seules 138 listes sont présentées par des indépendants.
Des mesures incitatives insuffisantes
Un chiffre susceptible de diminuer davantage en cas de rejet définitif de certaines candidatures. Cette chute traduit la disparition de plus de 1 000 listes indépendantes et de milliers de candidats : ils étaient plus de 12 000 en 2021, contre environ 2 500 actuellement.
L’Anie a, toutefois, rappelé que les listes concernées par des rejets disposent de délais légaux pour remplacer les candidats invalidés ou introduire des recours. Malgré cela, le recul demeure spectaculaire.
Ce déclin intervient paradoxalement alors même que la loi électorale a été assouplie. Le nombre de signatures exigées a été réduit, passant de 200 à 150 par siège, et un soutien financier public de 300 000 DA par candidat a été instauré au profit des jeunes indépendants. Des mesures qui n’ont, cependant, pas suffi à encourager la création de nouvelles listes.
En 2021, dans un contexte post-Hirak marqué par une profonde défiance envers les partis politiques traditionnels, les indépendants avaient réalisé une percée historique en remportant 85 sièges sur 407, devenant ainsi la deuxième force parlementaire du pays. Plusieurs figures issues de ces listes avaient même accédéà de hautes responsabilités institutionnelles, à l’image de l’actuel président de l’Assemblée populaire nationale, Brahim Boughali.
Malheureusement, ce dynamisme tend à ne pas se confirmer. Nombre de ces élus ou candidats «sans-étiquette» ont choisi de rejoindre des partis politiques, invoquant les difficultés d’exercer un mandat parlementaire sans structure partisane solide, ainsi que des contraintes organisationnelles et financières.
Vers une recomposition politique
Pour plusieurs observateurs et universitaires, cette évolution reflète une recomposition du paysage politique national. Le retour en force des partis traditionnels, combiné aux obstacles administratifs liés au dépôt des candidatures et à la collecte des signatures, expliquerait en partie cette désaffection.
«La société est-elle prête à faire confiance aux jeunes loups, encouragés par l’appel du président de la République Abdelmadjid Tebboune à s’impliquer dans la vie politique afin de
permettre d’injecter du sang neuf dans les organes de l’Etat et le Parlement, qui en étant les yeux et la voix du peuple ne souffrira d’aucun discrédit ?» s’interrogent d’autres.
Dans ce contexte, la diminution du nombre de listes indépendantes apparaît comme l’un des marqueurs majeurs de ces élections législatives, révélant un retour à une domination plus classique des formations politiques traditionnelles.
Smail Rouha
