Par Samir MÉHALLA
Un article du Maariv israélien, sous des dehors purement factuels, révèle en creux une vérité politique glaçante : l’État d’Israël n’a jamais eu l’intention de faire la paix.
L’épisode rapporté, celui de la tentative d’assassinat de Yasser Abou Shabab, chef militaire du Fatah à Naplouse, en est une illustration éclatante. «Les services de renseignement israéliens ont confirmé avoir tenté d’éliminer Yasser Abou Shabab», écrit Maariv — une phrase sèche, mais d’une portée stratégique considérable. Car elle prouve que, même dans un contexte de trêve, cette entité ne suspend pas sa logique de guerre : elle la déplace, la redéfinit, l’étend.
Hier, c’était le Hamas, diabolisé comme unique obstacle à la paix. Aujourd’hui, c’est le Fatah, pourtant issu du courant nationaliste palestinien historiquement engagé dans le dialogue politique. Le journal le dit sans ambages : «Israël étend désormais sa campagne militaire et médiatique contre les factions issues du Fatah». Cette phrase marque un tournant : après avoir détruit Ghaza, l’État hébreu exporte la guerre en Cisjordanie. Autrement dit, la paix n’est pas l’horizon israélien, mais un argument tactique, un mot-piège destiné à masquer une stratégie d’élimination progressive de tout leadership palestinien.
L’article, en évoquant «la volonté de prévenir de nouvelles escalades», entérine ce que tout observateur lucide sait : sous couvert de sécurité, l’entité sanguinaire pratique la guerre préventive et permanente. Le prétexte de la «neutralisation des menaces hybrides» — terme technocratique pour désigner les militants mêlant politique et résistance — traduit en réalité une criminalisation de tout Palestinien qui refuse la soumission.
Ainsi se dévoile la supercherie du plan de paix promu par Donald Trump, censé mettre fin au conflit. Ce plan, vanté comme une “chance historique”, s’avère n’être qu’un instrument de dislocation nationale, un processus qui, étape par étape, détruit les structures politiques palestiniennes pour mieux annexer les territoires. La «trêve fragile» dont parle Maariv n’est qu’un leurre : l’entité s’en sert pour recharger ses armes, recalibrer ses cibles, et relancer le cycle des éliminations ciblées.
Quand Maariv décrit «les incursions dans la vieille ville de Naplouse», ou «la diffusion d’images de commandos israéliens et les rumeurs de reddition», il peint le visage contemporain de la domination : une guerre psychologique totale, destinée à briser les nerfs d’un peuple avant de lui ôter sa terre. Cette guerre médiatique et militaire ne cherche pas la paix, mais la reddition totale.
Le message implicite du reportage est limpide : après Ghaza, ce sera Naplouse, puis Hébron, puis Ramallah. Le plan Trump n’est pas un traité de paix, mais une feuille de route pour l’effacement. L’entité sioniste, qui ne tolère plus aucun interlocuteur palestinien — ni le Hamas, ni le Fatah —, s’avance vers une victoire sans ennemi, c’est-à-dire vers une paix sans peuple.
En vérité, cette guerre ne s’arrêtera jamais, parce qu’elle n’est pas une guerre de frontières : c’est une guerre d’effacement. Et chaque ligne du Maariv, en croyant décrire une opération de sécurité, enregistre en réalité une opération de disparition.
S.M.
