Grâce aux captages des informations fournies par les utilisateurs de téléphones mobiles, des réseaux sociaux, parfois à leur insu, des dizaines de sociétés spécialisées sont capables de dresser des portraits précis de consommateurs, jusqu’à intéresser les services de renseignement étatiques.
A l’ère du numérique, tout citoyen utilise l’internet au quotidien. Il navigue sur des sites marchands ou des réseaux sociaux… Et sans le vouloir, sans le savoir parfois, il y met des informations personnelles, sur sa vie, ses habitudes, ses goûts… mais aussi ses coordonnées bancaires ou sa santé ! Autant de données personnelles convoitées.a cet égard, une question s’impose: le citoyen lambda est-il conscient des risques qu’il prend en donnant autant d’informations sur Internet ? Des données que nous mettons en ligne avec beaucoup d’inconscience ou de naïveté ou par confort sans trop se poser de questions. D’autant que grâce aux captages des informations fournies par les utilisateurs de téléphones mobiles, des réseaux sociaux, parfois à leur insu, des dizaines de sociétés spécialisées sont capables de dresser des portraits précis de consommateurs, jusqu’à intéresser les services de renseignement étatiques. Faut-il craindre ce commerce qui surf sur nos identités, sur nos habitudes, nos goûts et nos opinions politiques ? Tout un enjeu numérique, tant nos données personnelles sont l’objet de marché juteux depuis quelques années.
Le marché noir du Net
Selon certaines données, la taille mondiale du marché du cloud personnel était évaluée à 60,80 milliards USD en 2023 et devrait passer 392,16 milliards USD d’ici 2031. Un marché convoité, notamment, par des entreprises, appelées «Data Brokers» (courtiers en données), qui ont prospéré sur ce business. Elles nomment Experian, Equifax, Epsilon, Acxiom et CoreLogic, ..etc. « Les data brokers disposent d’un capital rare, même pour un service de renseignement étatique », appuie, janvier dernier, dans une déclaration au journal «Le Monde», Alexandre Papaemmanuel, enseignant à l’école d’affaires publiques de Sciences Po, qui a consacré un chapitre sur la « disruption » provoquée par ces acteurs au sein de l’ouvrage «Les Mondes du renseignement». Les données collectées par ces Data Brokers auraient ainsi permis une forme de privatisation du renseignement. Des données monnayer au marché noir…du Net. En effet, chaque interaction sur les réseaux est notée et compilée pour être contextualisée et exploitée.
C’est un actif générant des ressources ayant une valeur économique pour ceux qui le possèdent. Sur les réseaux parallèles, comme le Darknet ou Freenet, ou l’on peut y trouver des écosystèmes entiers basés sur les données volées ou extorquées, ces informations font l’objet d’échanges fructueux. ««Et ces données valent de de l’argent», a estimé Djallal Bouabdallah, expert en transformation numérique et protection des données, lors de son passage, dimanche, sur les ondes de la Chaîe 3 de la Radio nationale. Tout est monnayer ; données de cartes de crédit, l’accès aux services bancaires ou de paiement électronique, dossiers médicaux. Des donnés servant, parfois, à créer des comptes en banque pour les circuits de blanchiment d’argent sale, outre d’être utilisées par les publicitaires pour nous profiler.
Un défi majeur
À l’ère de l’intelligence artificielle et à la course effrénée à la collecte des données personnelles, la protection de ce type d’informations est aujourd’hui un impératif crucial pour les personnes, les entreprises et les Etats. Certes, l’Algérie a élaboré un cadre juridique à cet effet avec la loi loi 25-11, désormais en vigueur, modifie et renforçant la loi 18-07 de 2018 relative à la protection des personnes physiques dans le traitement des données à caractère personnel. Néanmoins, la mise en conformité demeure largement inachevée, regrette Djallal Bouabdallah. Pour mettre en garde, l’expert citera la période du Covid» « Pendant la période du Covid, tout le monde faisait les analyses, les tests du Covid. On nous demandait soit de scanner un QR code ou de récupérer les données de santé à travers un un système, un un espace, Je dirais un site web.
Ce site web, il était hébergé vous ?», s’interroge-t-il. Autant de données, si elles sont piratées, qu’un pays ennemi ou un hackers pourrait « exploiter» pour en «élaborer un virus qui peut exterminer tout une population ou à réduire les capacités du pays». Ainsi, l’adoption de la loi 25-11 témoigne de la volonté des autorités nationales de moderniser le cadre juridique face aux défis croissants de la cybersécurité et de la digitalisation accélérée des entreprises.
Badis B.
