Stabilité régionale, ressources énergétiques, minerais critiques et position géographique avantageuse, l’Algérie dispose des leviers nécessaires pour s’imposer comme une puissance régionale majeure et un partenaire stratégique de Washington.
Le géopolitologue américain Jeff Porter, président du cabinet NorthnAfrica Risk Consulting, estime que les États-Unis sont désormais contraints de reconnaître le rôle stratégique central de l’Algérie en Afrique du Nord et au Sahel.
Invité de l’émission «Point d’ancrage» de la chaîne Algérie Internationale, il a mis en avant les atouts structurels du pays, qu’il considère comme un futur pôle industriel majeur grâce à ses ressources naturelles. Selon lui, cette trajectoire suppose un engagement accru des partenaires internationaux, au premier rang desquels Washington.
Une puissance énergétique au cœur des transitions mondiales
Pour Jeff Porter, l’Algérie s’impose comme un fournisseur énergétique fiable, en particulier dans un contexte où la transition énergétique mondiale reste progressive et dépend encore fortement du gaz naturel.
Il souligne que les tensions persistantes au Moyen-Orient renforcent l’intérêt stratégique des fournisseurs stables, position dans laquelle l’Algérie occupe désormais une place privilégiée pour l’Europe comme pour les États-Unis.
Dans cette perspective, il estime que le pays a une fenêtre d’opportunité pour consolider simultanément ses secteurs énergétique et minier.
Minerais critiques et ambitions industrielles
L’analyste met en avant les premières étapes engagées par Alger dans le développement des minerais critiques et des terres rares, soutenues par des réformes législatives, notamment en matière d’investissement et d’exploitation des ressources stratégiques.
Mais il insiste sur un point central : la nécessité d’une meilleure connaissance des gisements et d’un cadre de coopération structuré avec les entreprises internationales afin de transformer ces ressources en véritable levier industriel.
Une stratégie de diversification assumée
Selon lui, l’Algérie a progressivement réduit sa dépendance à un nombre limité de partenaires étrangers dans le secteur énergétique. Cette diversification est présentée comme un choix stratégique visant à renforcer la souveraineté nationale et à limiter les vulnérabilités externes.
Il cite également les projets d’infrastructures, notamment le gazoduc transsaharien porté par Sonatrach, destiné à relier les pays du Sahel à un réseau énergétique régional, avec des retombées économiques potentielles pour l’ensemble de la zone sahélo-saharienne.
Une position géopolitique renforcée
Jeff Porter met en avant la position géographique de l’Algérie à la fois proche des marchés européens et éloignée des principaux points de passage stratégiques sensibles tels que le détroit d’Ormuz ou Bab El-Mandeb.
Un avantage qui, selon lui, contribue à renforcer sa fiabilité dans les chaînes d’approvisionnement énergétiques.
Il souligne également la stabilité relative du pays dans une région marquée par les tensions, ainsi que sa politique de développement territorial incluant les régions du Sud, notamment Béchar et Tamanrasset.
Sur le plan africain, il évoque un renforcement des relations avec plusieurs pays partenaires comme la Tunisie, le Niger et le Tchad, tout en notant une approche prudente sur certains dossiers régionaux sensibles.
Washington face à une réalité stratégique
Pour l’expert, les récentes visites de responsables américains, notamment du Département d’État et de United States Africa Command (AFRICOM), traduisent une évolution claire de la perception américaine.
Ces déplacements illustrent, selon lui, une reconnaissance croissante du rôle régional de l’Algérie et de son importance dans les équilibres sécuritaires et énergétiques.
«Quelles que soient les divergences politiques, les États-Unis reconnaissent que l’Algérie est une puissance régionale qu’il est impossible d’ignorer», conclut-il, estimant qu’un rapprochement stratégique durable entre les deux pays devient progressivement inévitable.
Synthèse Smail Rouha
