L’Algérie est-elle devenue une cible privilégiée des réseaux criminels internationaux spécialisés dans le trafic de drogue ? Les saisies opérées ces dernières semaines par les différents services de sécurité ne laissent guère de place au doute quant à l’ampleur de la menace.
Derrière les chiffres, qui donnent parfois le vertige, se dessine une réalité autrement plus inquiétante : des organisations criminelles disposent de moyens considérables et tentent d’infiltrer le pays, d’élargir leurs réseaux et de conquérir de nouveaux marchés.
La dernière opération, annoncée hier par le parquet de la République près le pôle pénal national de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée près le tribunal de Sidi M’hamed, en constitue une illustration particulièrement préoccupante. Un groupe criminel organisé composé de 50 individus, dont des étrangers, a été démantelé. Vingt-cinq suspects ont été arrêtés en flagrant délit et placés en détention provisoire dans le cadre d’une affaire portant sur la saisie de plus de 10 millions de comprimés psychotropes et de plus de 33 kg de cocaïne.
Ces quantités ne relèvent plus du simple trafic clandestin à petite échelle. Elles témoignent de l’existence de circuits structurés, de complicités, de capacités logistiques et, surtout, d’une volonté de faire de l’Algérie un espace de transit, voire de consommation. Face à de tels réseaux, la question n’est donc plus seulement celle de la lutte contre la criminalité. Elle touche directement à la sécurité nationale.
Il serait, toutefois, réducteur de considérer cette menace uniquement sous l’angle des saisies et des arrestations. Car la drogue ne cherche pas seulement à franchir des frontières. Elle cherche des victimes. Et parmi celles-ci, les jeunes constituent la cible la plus vulnérable. La drogue est également un formidable accélérateur d’autres formes de criminalité : violence, délinquance, blanchiment d’argent, corruption et recrutement de nouveaux exécutants par les organisations criminelles.
C’est pourquoi la bataille qui s’engage ne peut être laissée aux seuls services de sécurité. L’Armée nationale populaire, la police, la Gendarmerie nationale, les Douanes et la justice jouent évidemment un rôle central. Leur vigilance et leur capacité à démanteler des réseaux de plus en plus structurés sont essentielles. Mais aucune politique sécuritaire ne peut être pleinement efficace sans l’implication de la société.
Parents, enseignants, éducateurs, associations, responsables locaux, acteurs de la jeunesse et citoyens ont tous un rôle à jouer. La prévention, le signalement des comportements suspects, l’accompagnement des jeunes en difficulté et la sensibilisation aux dangers des stupéfiants doivent devenir des réflexes collectifs.
Car la défense de l’unité nationale ne se résume pas à la protection des frontières ou à la préservation des institutions. Elle passe aussi par la protection de la société contre tout ce qui peut la fragiliser de l’intérieur. Une jeunesse livrée aux addictions, désespérée ou manipulée, constitue une société plus vulnérable, et donc un pays plus vulnérable.
Il faut également se garder de la banalisation. Présenter la consommation de psychotropes comme un simple phénomène de société ou considérer la circulation de la drogue comme une criminalité ordinaire serait une grave erreur. Les volumes saisis montrent précisément que les enjeux dépassent largement la délinquance de proximité.
L’Algérie est aujourd’hui confrontée à des réseaux qui ne connaissent ni frontières ni scrupules. Certains ennemis du pays peuvent chercher à exploiter toutes les failles susceptibles d’affaiblir sa cohésion, son économie et sa jeunesse. Il ne s’agit pas d’alimenter la peur ou de voir une conspiration derrière chaque affaire criminelle, mais de regarder la réalité en face : lorsque des organisations internationales tentent d’introduire des tonnes de substances toxiques et de constituer des réseaux à l’intérieur du pays, la vigilance devient une nécessité nationale.
Plus que jamais, l’Algérie a besoin d’une mobilisation collective. La sécurité est l’affaire des institutions, mais elle est aussi l’affaire de chaque citoyen. Protéger le pays, c’est protéger ses frontières, ses institutions, mais aussi ses enfants, ses jeunes et son avenir.
Face à ceux qui cherchent à déstabiliser la société par la drogue et la criminalité, la meilleure réponse reste une société vigilante, solidaire et consciente de ses responsabilités. L’unité nationale ne doit pas être seulement un slogan : elle doit être un rempart.
Saïd Mekla
