Il y a des médias qui mentent par ignorance. D’autres par calcul. BeeMagazine appartient clairement à la seconde catégorie.
En relayant sans filtre ni contradiction une prétendue «proclamation d’indépendance» kabyle depuis Paris, ce canard boiteux italien n’a pas seulement trahi les règles élémentaires du journalisme : il a sciemment choisi de saper l’intégrité territoriale d’un État souverain, partenaire stratégique majeur de l’Italie.
Car il faut appeler les choses par leur nom. Ce que BeeMagazine présente comme un «tournant historique» n’est qu’un théâtre politique hors sol, une fiction militante récitée loin du terrain, loin du peuple concerné, loin du droit international.
Aucune souveraineté ne naît d’une lecture publique dans un salon parisien. Sans territoire contrôlé, sans institutions effectives, sans reconnaissance internationale, il n’y a ni État ni indépendance, seulement une opération de communication destinée à troubler, provoquer et instrumentaliser.
L’invocation de la résolution 1514 de l’ONU relève ici de la fraude intellectuelle. Ce texte fondateur visait la décolonisation de territoires soumis à une domination étrangère. Assimiler une région constitutive de la Algérie à une colonie est une falsification historique assumée. BeeMagazine ne se trompe pas : il travestit.
L’Algérie est décrite comme un bloc autoritaire niant toute expression kabyle. Cette caricature grossière évacue volontairement la réalité : diversité culturelle reconnue, débats internes vifs, revendications linguistiques et sociales réelles. Mais entre reconnaître la pluralité et bénir la sécession, il y a une frontière que tous les États responsables — y compris européens — refusent de franchir. BeeMagazine la piétine allègrement.
L’Italie complice par silence
Le plus grave n’est pourtant pas là. Le plus grave, c’est que ce discours émane d’un média italien, dans un pays qui a bénéficié, sans ambiguïté, de la loyauté et de la générosité algériennes. Quand l’Europe tremblait face à la crise énergétique, l’Algérie n’a ni marchandé ni spéculé. Elle a sécurisé ses livraisons, honoré ses contrats, renforcé ses engagements, notamment avec ENI, en coordination étroite avec Sonatrach. Ce n’était pas un réflexe mécanique. C’était un choix politique clair, responsable, stratégique.
Et pendant que l’Algérie protégeait la sécurité énergétique italienne, certains médias transalpins s’autorisent à jouer avec son unité nationale. Cette légèreté n’est pas neutre. Elle est rendue possible par le silence — ou la complaisance — des pouvoirs publics italiens, qui laissent prospérer des discours hostiles à l’égard d’un partenaire stratégique, sans rappel à l’ordre, sans clarification, sans responsabilité.
Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est plus de la liberté de la presse. C’est un signal politique détestable. Aucun État sérieux n’accepterait que des médias étrangers encouragent sa fragmentation tout en continuant à bénéficier de sa coopération stratégique.
L’Europe ne s’est jamais construite sur la glorification de sécessions improvisées. Elle repose sur la stabilité des États, le respect des frontières reconnues et le refus des précédents dangereux — en Catalogne, en Écosse, en Corse ou ailleurs. En feignant de l’ignorer, BeeMagazine ne fait pas œuvre de courage : il fait preuve d’irresponsabilité.
L’Algérie n’a jamais quémandé la gratitude. Mais elle est en droit d’exiger le respect. Et le respect n’est pas abstrait : il se mesure aux actes, aux discours tolérés, aux lignes rouges assumées. À force de laisser prospérer ce type de comportement médiatique hostile, l’Italie fragilise elle-même la crédibilité de ses partenariats.
À l’Algérie, désormais, de tirer les conséquences. Un partenariat stratégique n’est pas un chèque en blanc. La générosité n’implique ni naïveté ni silence.
Le journalisme qui sape la souveraineté appelle une réponse politique à la hauteur. Ferme. Claire. Et assumée.
S. Méhalla
