Les turbulences qui secouent les marchés financiers mondiaux ne laissent aucun répit aux économies africaines.
Par S. M.
À l’heure où les États-Unis imposent leur loi à coups de droits de douane et de tweets présidentiels, l’Afrique, fragile sur le plan macroéconomique, se retrouve exposée de plein fouet. Si elle ne change pas de cap, le continent risque une nouvelle décennie perdue.
La flambée du dollar agit comme un poison lent. Au Ghana, la dette extérieure a fait exploser le budget : en 2022 déjà, le pays avait dû se tourner vers le FMI après avoir perdu l’accès aux marchés internationaux. Aujourd’hui encore, plus de 50% de ses recettes fiscales servent au remboursement.
En Égypte, la livre a été dévaluée à plusieurs reprises face au billet vert, provoquant une inflation à deux chiffres qui a laminé le pouvoir d’achat. Les produits alimentaires importés – blé, huiles, sucre – atteignent des prix records.
Dans des pays comme le Kenya ou le Nigeria, le coût du service de la dette en devises épuise les réserves de change et oblige les gouvernements à couper dans des dépenses sociales essentielles.
Une croissance en trompe-l’œil
Le Nigeria reste officiellement la première économie du continent grâce à son pétrole. Mais sa production est instable et l’insécurité dans le Delta du Niger réduit les recettes. Le chômage des jeunes reste massif et la dépendance au pétrole limite la diversification.
L’Afrique du Sud, moteur industriel historique, est affaiblie par des coupures d’électricité chroniques (load shedding) qui paralysent ses usines et minent la croissance.
Le Kenya s’impose dans les services numériques et le mobile banking (M-Pesa). Pourtant, son endettement élevé et la chute du shilling limitent la marge de manœuvre budgétaire.
Ces exemples montrent que si certains pôles résistent, la croissance par habitant reste atone, étouffée par la démographie galopante.
L’avenir est inquiétant si le statu quo persiste :
Au Ghana, l’endettement chronique pourrait transformer le pays en cas d’école d’une économie prisonnière du FMI.
En Égypte, la spirale inflation-dévaluation pourrait déboucher sur des tensions sociales durables.
Au Nigeria, le chômage massif des jeunes, combiné à l’insécurité, risque de miner la stabilité politique.
En Afrique du Sud, le déclin de l’électricité et la rigidité syndicale pourraient accentuer la désindustrialisation.
Dans le Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), l’instabilité sécuritaire étouffe toute perspective de croissance, malgré les richesses minières.
Si ces tendances persistent, l’Afrique manquera la fenêtre de la reconfiguration mondiale des chaînes de valeur, au profit de l’Asie du Sud et de l’Amérique latine.
Les clés d’un avenir différent
Pour inverser la trajectoire, plusieurs leviers existent :
Stabiliser les finances publiques. Le Rwanda a montré qu’une gestion budgétaire rigoureuse peut restaurer la confiance des investisseurs, même sans ressources naturelles majeures.
Investir massivement dans l’énergie. L’Éthiopie mise sur le barrage de la Renaissance pour devenir exportatrice d’électricité.
Le Kenya a développé le port de Mombasa et le corridor ferroviaire vers l’Ouganda. L’Afrique de l’Ouest, avec le projet Abidjan-Lagos, tente d’initier un axe régional.
Le Sénégal investit dans les technologies numériques et l’enseignement supérieur pour préparer une génération apte à capter les emplois de demain.
Le Soudan du Sud, encore instable, illustre les dangers d’une agriculture vulnérable au climat. À l’inverse, l’Afrique du Nord développe l’irrigation pour limiter l’impact des sécheresses.
Entre courage politique et discipline stratégique
Les exemples montrent que les solutions existent. L’Afrique n’est pas condamnée. Mais elle doit choisir entre deux chemins : celui de la dépendance et des crises répétées, ou celui de l’intégration régionale et de la diversification.
Comme l’écrit un économiste nigérian : «Celui qui attend que la tempête passe ne verra jamais le soleil. Celui qui construit pendant l’orage, lui, aura déjà un abri.»
C’est peut-être là toute la morale : dans un monde imprévisible, l’Afrique n’a pas le luxe d’attendre. Elle doit construire son avenir avec ses propres forces, avant que le temps ne joue contre elle.
S.M.
