Sous couvert de coopération sécuritaire, Paris et Londres viennent d’enterrer un peu plus l’humanisme européen.
L’accord récemment conclu pour «lutter contre l’immigration illégale» marque une régression dramatique, une rupture de civilisation même, dans la manière dont deux grandes démocraties prétendument éclairées choisissent désormais de traiter les exilés.
Libération, en une courageuse dénonciation, parle d’«accord de la honte». Le terme est juste. Il désigne un pacte scellé dans le secret, sans débat parlementaire, dans l’opacité totale, comme on négocierait des cargaisons toxiques, et non des vies humaines. Derrière les sourires froids des diplomates, ce sont des enfants, des femmes, des hommes qui sont frappés d’invisibilité, réduits à des «flux», des «masses à contenir», des «menaces».
Un tournant autoritaire camouflé
Ce pacte incarne une nouvelle doctrine : la criminalisation de l’exil. L’objectif n’est plus seulement de contrôler les frontières — ce qui peut relever d’un droit souverain — mais bien de faire taire les migrants, les repousser au mépris du droit international, et de plus en plus, sans état d’âme. C’est la fin assumée du droit d’asile comme droit inaliénable. Une mutation doctrinale dangereuse.
À travers les engagements communs :
Renforcement des patrouilles maritimes : militarisation des côtes et gestion policière des naufragés.
Expulsions accélérées : procédures express bafouant le principe fondamental du traitement individuel des demandes.
Partage d’informations : instrumentalisation des bases de données pour traquer, profiler, et expulser.
On ne parle plus ici de sécurité publique. On parle d’une stratégie de déshumanisation méthodique et d’une externalisation brutale des frontières.
Droits humains piétinés
La Convention de Genève ? Oubliée. La Déclaration universelle des droits de l’homme ? Reléguée au musée. Ce texte marque un renoncement collectif aux fondements moraux du droit humanitaire européen. Les ONG, tenues à l’écart, tirent déjà la sonnette d’alarme : conditions inhumaines dans les centres de rétention, refoulements illégaux, familles brisées, enfants laissés sans recours.
Ce n’est plus une politique d’immigration. C’est une gestion technocratique de l’abandon.
Pire encore : cet accord est applaudi par les gouvernements concernés comme une victoire. Victoire contre quoi ? Contre des misérables fuyant la guerre, la faim, les régimes autoritaires, les catastrophes climatiques ? C’est cela, la fierté des démocraties libérales ? Fermer les yeux, fermer les ports, fermer les cœurs ?
La France : complicité assumée
Que la France, patrie autoproclamée des droits de l’homme, signe un tel accord, en dit long sur l’effondrement moral du macronisme finissant. Les discours présidentiels, qui invoquaient jadis les valeurs humanistes, sonnent désormais comme des coquilles creuses. Ce revirement n’est pas accidentel : il est calculé, idéologique, et surtout électoraliste.
À l’approche de scrutins majeurs, l’exécutif courtise sans vergogne les électorats de droite dure. Quitte à sacrifier sur l’autel de la peur les principes de dignité humaine. On échange des vies humaines contre quelques points dans les sondages. Le cynisme est absolu.
Un pacte indigne, un précédent…
Cet accord, au-delà de son contenu, est un précédent extrêmement grave. Il ouvre la voie à une Europe forteresse, sans contre-pouvoirs, sans conscience, où les réfugiés seront perçus comme des intrus à neutraliser, et non des victimes à accueillir.
Il légitime des politiques de refoulement systématique, souvent illégales au regard du droit international.
Le tout, dans un silence assourdissant des institutions européennes, qui se montrent aussi frileuses que complices.
L’heure de l’indignation
Ce pacte n’est pas un fait divers diplomatique. Il est un événement historique, le signe d’un basculement autoritaire des politiques migratoires européennes. Il est dénoncé par la presse française de gauche comme Libération qui en a fait sa Une.
L’histoire jugera cette Europe. Mais d’ici là, c’est à la société civile, aux juristes, aux intellectuels, aux journalistes, de tenir la ligne morale qu’abandonnent aujourd’hui les États. Face à «l’accord de la honte», la honte serait de se taire.
Rédaction
