Comme attendu, la Secrétaire générale du ministère français des Affaires étrangères, Anne Marie Descôtes, était jeudi en visite en Algérie. Cette visite, la première d’un haut responsable français depuis avril dernier, intervient dans un contexte de tensions sans précédent entre les deux pays. Après quinze mois de crise ouverte, les signaux de rapprochement se multiplient des deux côtés de la Méditerranée. Accompagnée d’une délégation incluant des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, la diplomate de 65 ans, ancienne ambassadrice à Berlin, s’est entretenue avec Lounès Magramane, Secrétaire général du ministère algérien des Affaires étrangères. Les discussions ont porté sur «l’ensemble des relations bilatérales et les perspectives de renforcement de la coopération entre les deux pays». Les questions consulaires, notamment l’accréditation des agents en attente de rejoindre leurs postes, ont également été abordées.
Etape par étape
Côté médias officiels, l’APS reste discrète sur la visite de Descôtes, un silence qui contraste avec les couvertures médiatiques françaises. Cette discrétion peut s’interpréter comme une volonté de ne pas susciter d’attentes excessives dans l’opinion publique algérienne, particulièrement sensible aux relations avec l’ancienne puissance coloniale. Interrogé sur la visite à Alger de la SG Anne-Marie Descôtes, le porte-parole du Quai d’Orsay a confirmé que, dans ce cadre, la SG du Quai d’Orsay «est aujourd’hui à Alger» et qu’il y a désormais «une relance de la dynamique, étape par étape, avec la volonté d’avoir des résultats concrets au service des Françaises et des Français».
Selon lui, il s’agit d’une visite de travail qu’«elle mène dans le cadre des priorités exprimées par le ministre, qui sont à la fois le rétablissement de la coopération en matière migratoire, le rétablissement de la coopération en matière de sécurité et aussi la relance de la coopération économique. Tout cela entre dans le cadre d’un dialogue exigeant et qui doit porter des résultats pour nos compatriotes», a-t-il poursuivi. Anne Marie Descôtes se serait entretenu avec Lounas Magramane sur les moyens de relancer la coopération diplomatique entre les deux pays. Cette visite devrait ouvrir la voie au retour à la normale entre Alger et Paris suite à la crise diplomatique qui a débuté au mois de juillet 2024. Les entretiens entre Magramane et Descôtes auraient porté sur la question de l’établissement d’une feuille de route sur les questions en suspens dont le retour des ambassadeurs des deux pays, des visites de ministre de l’Intérieur français Laurent Nunez et du dossier des Algériens sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français.
La SG du Quai d’Orsay est venue à Alger pour préparer le terrain à la reprise du dialogue entre les deux pays avec la visite prévue fin novembre ou début décembre du ministre français de l’Intérieur Laurent Nunez attendu début décembre. Dans son propos liminaire, le porte-parole du Quai d’Orsay a évoqué la libération de Boualem Sansal, qui a bénéficié le 12 novembre d’une mesure de grâce du Président Tebboune pour des considérations humanitaires. «Cela prouve que la méthode diplomatique fonctionne», a-t-il dit, sans référence à l’Algérie. Interrogé sur la visite à Alger de la SG Anne-Marie Descôtes, le porte-parole du Quai d’Orsay a indiqué qu’«il y a désormais une relance de la dynamique, étape par étape, avec la volonté d’avoir des résultats concrets au service des Françaises et des Français». Interrogé sur une éventuelle rencontre entre les deux présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron au prochain sommet du G20 en Afrique du Sud, le porte-parole a renvoyé l’auteur de la question à l’Elysée et aux autorités algériennes. «S’agissant (…) de ce qui se passerait ou pas au G20, je vous renvoie vers l’Elysée, qui est le maître de l’agenda. Je n’ai pas vocation à commenter l’agenda du président algérien : je vous renvoie vers les autorités algériennes», s’est-il contenté de dire.
Pragmatisme
La visite d’Anne-Marie Descôtes à Alger marque indéniablement une tentative de sortie de crise après quinze mois de tensions extrêmes. Mais entre les gestes diplomatiques et la réconciliation véritable, le chemin reste semé d’embûches. La libération de Boualem Sansal et le départ de Bruno Retailleau ont levé deux obstacles majeurs, créant une ouverture diplomatique. Pour l’instant, les deux pays semblent avoir choisi le pragmatisme : maintenir un dialogue minimal sur les dossiers techniques (sécurité, consulaire) tout en laissant les grands sujets politiques en suspens. Une approche réaliste, mais qui ne règle rien sur le fond. La question demeure : l’Algérie et la France peuvent-elles vraiment tourner la page d’une histoire commune douloureuse, ou sont-elles condamnées à répéter indéfiniment les mêmes cycles de rapprochement et d’éloignement ?
Mahmoud Tadjer
