Si en apparence, les législatives du 2 juillet ont permis le renouvellement de l’Assemblée populaire nationale, elles ont surtout, en réalité, redistribué les rôles entre les mêmes partis.
Derrière les gains et les pertes de quelques sièges, la photographie politique de la future APN reste pratiquement inchangée. Le FLN conserve sa position dominante, le RND demeure l’un des principaux piliers de la majorité, tandis qu’El Moustakbal, qui bondit à la 3e place, et El Bina confortent leurs positions, rejoints par Sawt Echaab qui a pu tirer son épingle du jeu. Le MSP recule sans disparaître du paysage parlementaire.
À l’inverse, les partis du courant démocratique enregistrent une nouvelle déconvenue, tandis que le FFS sauve difficilement une représentation modeste. Au final, la prochaine législature ne diffère que très peu de la précédente.
Les mêmes formations composeront l’hémicycle, les mêmes alliances structureront les rapports de force et les mêmes équilibres politiques continueront de prévaloir. Quelques députés quittent leurs sièges, d’autres les occupent, mais l’architecture politique de l’Assemblée demeure identique. Plus qu’un renouvellement, il s’agit d’un simple jeu de chaises musicales. C
ette continuité tranche avec les attentes suscitées par les promesses de changement et de réactivation de la vie politique. L’espoir d’une Assemblée plus représentative, plus pluraliste et porteuse de nouvelles idées ne s’est pas matérialisé. Les urnes ont reconduit un paysage politique largement inchangé, où les forces traditionnelles conservent l’essentiel des leviers parlementaires. Cette stabilité apparente cache pourtant une fragilité majeure : le scrutin a été marqué par une abstention record.
Des millions d’Algériens ont choisi de ne pas participer au vote, envoyant un message clair sur leur désenchantement vis-à-vis de la vie politique. Car si la composition de l’Assemblée change peu, c’est aussi parce que les citoyens sont de moins en moins nombreux à croire que leur vote puisse modifier les équilibres existants. Les raisons de cette désaffection sont multiples.
Les partis politiques, toutes tendances confondues, peinent à se renouveler et à incarner des alternatives crédibles. Beaucoup souffrent d’un déficit d’ancrage dans la société et apparaissent davantage préoccupés par la conquête des sièges que par la défense de véritables projets politiques.
Les campagnes électorales elles-mêmes n’ont pas réussi à mobiliser une opinion publique convaincue que les résultats étaient, dans une large mesure, prévisibles. À cela s’ajoute un manque d’ouverture du champ politique, régulièrement pointé par les observateurs.
L’absence d’une compétition suffisamment attractive, capable de faire émerger de nouvelles forces ou de nouveaux visages, entretient l’idée que les élections changent les personnes davantage que les politiques. La future APN risque ainsi de souffrir du même déficit que la précédente : une représentativité fragilisée par une faible participation populaire.
Certes, sa légitimité juridique ne peut être contestée. Mais sa légitimité politique dépendra de sa capacité à rompre avec les pratiques du passé, à exercer pleinement ses missions de contrôle du gouvernement et à redevenir un véritable espace de débat et de proposition. L
es législatives du 2 juillet n’ont, in fine, pas bouleversé le paysage politique. Elles ont simplement redistribué les cartes entre les mêmes formations. La nouvelle Assemblée change de visages, mais pas… de visage. Or, lorsqu’un Parlement se renouvelle sans se transformer, le changement promis reste un horizon lointain et l’abstention devient, scrutin après scrutin, la première force politique du pays.
Saïd Mekla
