Des membres du gouvernement français expriment une volonté de dialogue, cherchant à dépasser les crises passées et à éviter les tensions héritées.
En attente de l’établissement d’un dialogue franc et constructif liée à la prochaine visite du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, la France multiplie les signaux d’apaisement envers l’Algérie, surtout depuis le début de l’année 2025, avec des gestes de dialogue et des déclarations conciliantes de responsables français, cherchant à rétablir la confiance après des tensions liées à la mémoire, l’immigration et des dossiers judiciaires.
Mais à l’inverse, Alger reste prudente, soulignant la complexité des relations conflictuelles liées à la mémoire.
Des membres du gouvernement français expriment une volonté de dialogue, cherchant à dépasser les crises passées et à éviter les tensions héritées. Alger maintient une posture de prudence, soulignant que la méfiance reste de mise et que la souveraineté est primordiale. L’Algérie attend des actes concrets et un respect mutuel, tout en étant ouverte au dialogue, notamment sur la coopération antiterroriste.
Les traumatismes coloniaux continuent d’influencer les relations, avec des dossiers sensibles. Les deux pays sont dans une phase de tentative de réchauffement, avec des efforts venant de Paris pour reconstruire la confiance, mais une reprise franche des relations reste conditionnée par la gestion des dossiers complexes et le respect des sensibilités de part et d’autre.
A la multiplication de nouvelles lignes aériennes entre les deux pays décidée depuis le 1er décembre dernier, avec la compagnie Air Algérie qui relie Alger et Strasbourg et la ligne Alger-Nantes, dont le vol inaugural a eu lieu le 5 décembre. 4 décembre dernier, l’influenceur algérien Imad Tintin, condamné en juin dernier à 450 euros d’amende pour une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, a vu celle-ci assortie d’un sursis en appel à Grenoble, a indiqué son avocat Me Alexandre Rouvier.
Initialement poursuivi pour «provocation directe à un acte de terrorisme», Imad Ould Brahim de son vrai nom, avait été placé en janvier en détention provisoire par le tribunal de Grenoble. L’affaire était survenue en pleine crise diplomatique entre la France et l’Algérie. La décision prise en appel «vient renforcer la démonstration de l’indépendance de la justice face à des dossiers politisés et médiatisés à outrance et de manière prématurée sans (…) vérifications sérieuses en amont», a encore souligné Me Rouvier.
Contentieux mémoriels
De son côté, l’historien Benjamin Stora estime que les négociations autour de la libération de Boualem Sansal «se sont faites dans la discrétion», et assure n’avoir «jamais rompu» avec ses homologues algériens de la commission mixte algéro-française sur l’Histoire et la Mémoire.
Cette commission mixte est chargée d’établir un dialogue historique et de partager une histoire commune en étudiant les archives, en recensant les lieux de mémoire et en proposant des actions concrètes (restitutions, plaques commémoratives).
Bien que ses travaux aient été ralentis par des tensions politiques, elle vise à démêler les contentieux mémoriels entre les deux nations. Ses objectifs principaux sont de faciliter l’accès aux archives coloniales pour les chercheurs des deux pays, d’étudier la période coloniale, notamment le XIXe siècle, et les crimes commis et d’identifier et valoriser les lieux de mémoire (cimetières, tombes de détenus algériens en France) avec des plaques commémoratives.
Interrompue depuis l’été 2024, la 6eme rencontre de la commission mixte qui devait avoir lieu à Paris n’a pas encore été actée. Commencée en août 2022 et concrétisée huit mois plus tard par une première réunion organisée à l’Institut du monde arabe (IMA), la commission mixte franco-algérienne d’historiens a vocation à nourrir les échanges sur des questions mémorielles complexes et majeures.
Les propositions qu’elle a déjà formulées commencent à se concrétiser, notamment concernant les archives et de leur restitution. La commission a notamment conclu la «restitution de 5 mètres linéaires d’archives de l’Algérie à l’époque ottomane, ainsi que la remise de 2 millions de documents numérisés des archives nationales d’outre-mer».
Les résultats sont des progrès continus dans l’accès aux archives, la reconnaissance mutuelle de certaines souffrances, et l’établissement d’un cadre de dialogue.
L’aboutissement est plus politique et diplomatique que purement historique, cherchant à bâtir une mémoire partagée, mais les résultats détaillés sont diffusés au fil des mois, parcellaires. En attendant la tenue de la 6eme réunion de la commission mixte, les résultats sont bien maigres pour faire une évaluation objective. Peut-être que l’année 2026 verra une accélération des efforts de part et d’autre.
Mahmoud Tadjer
