Le Rapport national volontaire 2026 dresse le portrait d’un pays qui a préservé ses équilibres sociaux, multiplié les infrastructures et résisté aux crises. Il révèle aussi l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir pour passer d’une politique de rattrapage à un véritable modèle de développement durable.
À quatre années de l’échéance de l’Agenda 2030, l’Algérie présente un document qui tient à la fois du bilan, de la déclaration de principes et de la feuille de route.
Son Rapport national volontaire 2026 passe en revue les 17 Objectifs de développement durable (ODD) adoptés par les Nations unies et tente de répondre à une question décisive : que reste-t-il des engagements pris en 2015 dans un monde bouleversé par les pandémies, les guerres, les crises alimentaires, le dérèglement climatique et la raréfaction des ressources en eau ?
Au cœur de cette démarche, figure le principe «ne laisser personne pour compte», qui guide l’ensemble des politiques publiques au bénéfice des personnes en situation de vulnérabilité, des communes enclavées, des jeunes et des femmes, relève, dans la préface, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires Africaines, Ahmed Attaf.
La réponse algérienne se veut résolument confiante. Le pays affirme avoir enregistré des progrès sur la quasi-totalité des objectifs. Il met en avant un modèle fondé sur la justice sociale, la solidarité nationale, l’équilibre entre les territoires et la souveraineté des choix économiques. L’Agenda 2030 n’est ainsi pas présenté comme un programme importé, mais comme le prolongement international d’un contrat social ancien, dans lequel l’État garantit l’accès aux services essentiels.
Le rapport met en avant des avancées importantes : recul de l’extrême pauvreté, généralisation de la scolarisation primaire, accès quasi universel à l’électricité, près de 98 % de raccordement à l’eau potable, amélioration de l’espérance de vie, baisse de la mortalité maternelle, distribution de plus de 1,7 million de logements entre 2020 et 2024 et forte progression de l’accès à Internet.
Ces résultats témoignent d’un effort durable en matière d’infrastructures et de services essentiels, malgré les crises sanitaires, économiques et climatiques. Mais l’enjeu change désormais de nature : après avoir développé l’accès, l’Algérie doit améliorer la qualité, l’efficacité et la pérennité des services publics. Une école ne remplit sa mission que par la qualité de son enseignement, un hôpital par l’accès réel aux soins, un logement par son intégration dans une ville fonctionnelle, et un réseau d’eau par la continuité du service. Le défi n’est plus seulement de construire, mais de mieux gérer et faire fonctionner les équipements existants.
L’eau, première bataille du siècle
Face au stress hydrique, l’eau devient un enjeu central pour l’Algérie, touchant l’agriculture, l’industrie, l’énergie, la santé publique et l’équilibre territorial. Le pays prévoit d’augmenter sa capacité de dessalement à cinq millions de mètres cubes par jour d’ici à 2030 et de réutiliser 300 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées chaque année.
Mais produire davantage ne suffira pas : il faudra aussi moderniser les réseaux, améliorer l’irrigation, protéger les nappes, lutter contre la pollution et renforcer la gestion locale. La véritable réponse au défi de l’eau repose autant sur la construction d’infrastructures que sur l’entretien et l’efficacité des systèmes existants.
Une protection sociale à rendre plus productive
Le rapport confirme l’ampleur du rôle social de l’État. La protection sociale demeure un pilier essentiel de l’État, en protégeant des millions de citoyens face aux chocs économiques. Mais sa pérennité exige une meilleure efficacité : des aides plus ciblées, une économie plus diversifiée et moins dépendante des hydrocarbures. L’objectif est de passer d’une solidarité uniquement redistributive à une solidarité qui favorise aussi l’autonomie, grâce à l’emploi, la formation, l’accès au financement et l’entrepreneuriat.
La diversification, éternelle promesse à concrétiser
L’objectif de porter l’industrie manufacturière à 12% du PIB d’ici à 2030 constitue un enjeu majeur. Sans une industrie compétitive, une agriculture modernisée et des services à forte valeur ajoutée, la transition écologique restera fragile.
L’Algérie possède de nombreux atouts —énergie, ressources minières, jeunesse, potentiel agricole, façade méditerranéenne et position stratégique — mais doit encore les transformer en chaînes de valeur durables.
Le défi consiste à soutenir la production locale tout en préservant la concurrence, attirer les investissements sans perdre sa souveraineté économique et développer les exportations. La Zlecaf offre une opportunité importante, à condition de renforcer la logistique, la qualité, le financement et la compétitivité des entreprises.
La jeunesse au centre des contradictions
La jeunesse constitue un enjeu central de la stratégie nationale et un test majeur de sa crédibilité. Malgré les investissements importants dans l’éducation, l’enseignement supérieur et l’économie de la connaissance, l’accès au diplôme ne garantit pas toujours une insertion professionnelle durable.
Le décalage entre les formations, les aspirations des jeunes et les besoins du marché du travail alimente encore chômage, emploi informel et sentiment de déclassement. La réussite de l’Agenda 2030 se mesurera donc moins au nombre d’infrastructures créées qu’à la capacité de générer des emplois stables, qualifiés et rémunérateurs.
Le paradoxe féminin
Les femmes représentent 65,7% des effectifs de l’enseignement supérieur en Algérie, signe d’une transformation majeure de la société. Pourtant, leur participation au marché du travail reste limitée, privant l’économie d’une part importante de son capital humain.
Augmenter le taux d’activité féminine à 25% constitue donc un enjeu autant économique que social. Cela exige des mesures concrètes : transports adaptés, solutions de garde d’enfants, accès au financement, lutte contre les discriminations et soutien à l’entrepreneuriat féminin, notamment rural.
Former des femmes sans leur permettre de valoriser pleinement leurs compétences revient à gaspiller un potentiel essentiel de développement.
Une transition énergétique encore au pied de la montagne
L’accès quasi universel à l’électricité est une réussite majeure, mais la production reste largement dépendante du gaz naturel.
L’Algérie ambitionne d’atteindre 15 000 mW d’énergies renouvelables d’ici à 2035, de développer l’hydrogène vert et d’améliorer son efficacité énergétique. L’objectif est double : réduire les émissions et préserver le gaz pour l’exportation ou les usages industriels à forte valeur ajoutée.
Le potentiel solaire est immense, mais il ne suffit pas. La transition exige des réseaux adaptés, du stockage, des investissements, des compétences et une véritable filière industrielle.
Elle devra aussi toucher les bâtiments, les transports et les modes de consommation. Produire plus d’énergie renouvelable tout en continuant à gaspiller l’énergie serait une victoire d’affichage, mais une défaite économique.
Le défi silencieux de la gouvernance
Le rapport met en avant des leviers essentiels : modernisation institutionnelle, budgétisation par programme, transformation numérique et renforcement de l’appareil statistique.
L’enjeu est désormais moins de multiplier les stratégies que d’assurer leur cohérence, leur suivi et leur évaluation. Sans données fiables, coordination efficace et indicateurs publics, les politiques publiques peinent à produire des résultats durables.
La révolution numérique administrative ne doit pas se limiter à la dématérialisation. Elle doit simplifier les démarches, réduire les délais, renforcer la transparence et rapprocher durablement l’administration du citoyen.
Entre bilan national et exercice d’autocritique
Le Rapport national volontaire 2026 offre un bilan riche et ambitieux des progrès accomplis, tout en fixant des objectifs chiffrés pour l’avenir. Mais produit par les institutions qui portent les politiques publiques évaluées, il présente naturellement un regard largement institutionnel.
Pour devenir un véritable outil de transformation, il gagnerait à être complété par des évaluations plus indépendantes et territorialisées, capables de mesurer les écarts entre objectifs annoncés, moyens engagés et résultats réellement vécus par les citoyens.
Car les moyennes nationales ne disent pas tout : l’accès à l’eau ne garantit pas sa continuité, les logements construits ne préjugent pas de leur intégration, les diplômes ne garantissent pas l’emploi, et les dépenses publiques ne suffisent pas à mesurer la qualité des services.
L’Agenda 2030 appelle ainsi à une culture de l’action publique fondée moins sur les objectifs affichés que sur les résultats effectivement mesurés.
De la résistance à la transformation
L’Algérie a démontré sa capacité à résister aux crises successives en préservant son contrat social, ses investissements structurants et ses principaux équilibres sociaux.
Les quatre prochaines années devront, toutefois, dépasser la résilience pour engager une véritable transformation : créer davantage de richesses hors hydrocarbures, sécuriser les ressources essentielles, préserver la solidarité nationale, développer des emplois durables, bâtir des villes plus attractives et faire du numérique un outil de simplification réelle de l’État.
Le Rapport national volontaire 2026 ne clôt donc pas un chapitre. Il ouvre le plus difficile.
L’Algérie a largement construit les fondations sociales de son développement. Elle doit maintenant bâtir l’économie, la gouvernance et la responsabilité écologique capables de les préserver. L’horizon 2030 ne jugera pas seulement les ambitions formulées, mais la distance réellement parcourue entre la promesse et la vie quotidienne des citoyens.
Rédaction Crésus
