À l’occasion du 25 novembre 2025, le Secrétaire général de l’ONU rappelle que la violence faite aux femmes s’étend désormais au cœur des espaces numériques. Harcèlement, deepfakes, misogynie virale : un nouvel âge de violence exige des réponses coordonnées, ambitieuses et immédiates.
Par S. Méhalla
Le message du Secrétaire général des Nations unies, rendu public pour la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, sonne cette année avec une force singulière. Antonio Guterres constate que le fléau mondial des violences faites aux femmes n’a pas seulement persisté : il s’est métastasé dans un univers numérique devenu le prolongement de nos vies quotidiennes. L’espace en ligne, qui devait ouvrir des horizons de liberté, est devenu un terrain où le harcèlement, les humiliations anonymes, les deepfakes et les campagnes de haine se propagent avec une vitesse et une ampleur inédites.
Ce glissement n’est pas anodin : la violence numérique n’est pas virtuelle. Elle infiltre le réel, déstabilise, isole, détruit des carrières, et peut déboucher sur des agressions physiques, voire des féminicides. Ce continuum entre les sphères en ligne et hors ligne crée une nouvelle configuration des violences, plus diffuse et plus insidieuse, qui exige une réponse globale. Car l’impunité numérique nourrit les violences du monde tangible.
Le Secrétaire général rappelle que 2025 marque également le trentième anniversaire de la Déclaration de Beijing, texte fondateur dont l’ambition demeure inachevée. Le moment est donc propice pour mesurer l’écart entre les engagements pris et la réalité contemporaine. Et cet écart est profond. Les contenus misogynes se normalisent, les algorithmes favorisent parfois la viralité de la haine, et les systèmes de signalement restent trop souvent inefficaces ou opaques.
Face à cette dérive, Guterres appelle à une mobilisation générale. Les États doivent combler le vide juridique en criminalisant clairement la violence numérique, protéger les victimes, et doter les institutions judiciaires de moyens adaptés aux nouvelles formes d’agression. Les plateformes technologiques, devenues des architectures centrales de l’espace public, portent une responsabilité directe : elles doivent sécuriser leurs environnements, renforcer la modération, rendre leurs outils transparents et responsabiliser leurs modèles économiques. Enfin, il revient aux citoyens eux-mêmes de refuser la banalisation de la haine en adoptant une tolérance zéro envers les comportements violents, en soutenant les victimes, en contestant les logiques de meute qui prolifèrent en ligne.
La protection numérique n’est pas un luxe : c’est désormais un droit fondamental indispensable à la dignité et à la liberté des femmes. En rappelant ce devoir collectif, le Secrétaire général réaffirme la nécessité d’un monde où aucune femme, aucune fille, n’ait à choisir entre prendre la parole et rester en sécurité. Ce 25 novembre est un rappel : la lutte contre la violence doit désormais se livrer aussi dans le cyberespace, avec la même détermination que dans les rues et les foyers du monde entier.
S.M.
