Reconnu coupable d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens sur la personne de son père, un mineur qui a succombé à ses blessures lors de son transfert vers l’hôpital Mustapha, S. A., âgé d’un peu plus de vingt ans et connu des services de police, a été condamné à dix ans de prison ferme par le tribunal criminel d’Alger.
Les faits, qui ont profondément bouleversé les habitants de l’avenue Mohamed-Belouizdad, remontent à la fin du mois de juin 2009. Vers 23 h, la police judiciaire du quartier a été alertée par les filles de la victime : leur père venait d’être poignardé à mort par leur propre frère et gisait dans une mare de sang. Dépêchés sur les lieux, les enquêteurs, accompagnés des techniciens de la police scientifique, ont recueilli les premiers témoignages. Les proches du défunt ont désigné sans hésitation le fils comme auteur du crime. Après son acte, le mis en cause se serait réfugié dans une mosquée pour laver ses vêtements, tentant ainsi de détourner les soupçons. Confronté à ses sœurs, le suspect a vu tomber les apparences : celles-ci ont affirmé qu’il tenait son père pour responsable de son divorce et qu’il se montrait souvent agressif envers la famille.
La police scientifique a immédiatement procédé au prélèvement d’indices, notamment sur le couteau retrouvé sur la scène du drame. Présenté devant le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed, S. A. a nié les faits, avançant une justification déroutante : selon lui, son père lui aurait «demandé de le tuer» et il n’aurait pas pu refuser. Le lendemain, il a été placé en détention provisoire par le juge d’instruction. À la barre, l’accusé a maintenu ses déclarations, assurant qu’il n’avait pas voulu attenter à la vie de son père. Les témoignages des sœurs ont cependant contredit cette version : selon elles, leur frère nourrissait bel et bien l’intention de tuer, persuadé que leur père était à l’origine de ses conflits conjugaux. Le procureur général a requis la peine capitale, soulignant que les preuves matérielles et les éléments d’intention criminelle étaient accablants. Il a rappelé que l’accusé avait préparé son acte, notamment en se procurant l’arme du crime. Face à la solidité des accusations, l’avocat de la défense s’est limité à solliciter l’application des circonstances atténuantes. Condamné à mort en 2010, S. A. avait introduit un pourvoi en cassation auprès de la Cour suprême, qui avait relevé plusieurs anomalies dans le premier procès, notamment dans la formulation des questions soumises au jury.
L’affaire avait alors été renvoyée pour réexamen. Le condamné a également tenté de faire valoir une altération de ses facultés mentales au moment des faits, sans convaincre les magistrats. La Cour suprême a finalement décidé de le faire interner dans un établissement psychiatrique pour l’exécution de sa peine.
R. H.
