Le tribunal criminel d’Alger (deuxième instance judiciaire), présidé par M. Bouddour Réda, a condamné hier Belhassini Yacoub à 12 ans de prison ferme, confirmant ainsi le verdict déjà prononcé en première instance.
Par Redouane Hannachi
Le jeune homme, âgé de seulement 22 ans au moment des faits, a été reconnu coupable d’usurpation de qualité et d’escroquerie, des accusations retenues à son encontre par la chambre d’accusation d’Alger. Son complice, Belhani Mohamed, a écopé pour sa part de quatre ans de prison ferme pour avoir mis son compte CCP à la disposition de l’escroc, facilitant ainsi plusieurs transactions frauduleuses. Le procès en appel de Belhassini Yacoub restera sans doute dans les annales, tant la personnalité de l’inculpé et l’étendue de ses manipulations ont sidéré l’assistance de la salle d’audience 3 de la cour d’Alger. Malgré son jeune âge, il est parvenu à berner de hauts responsables de l’État, des personnalités politiques, des parlementaires, ainsi que des magistrats, leur extorquant d’importantes sommes d’argent en dinars et en devises. Devant le président du tribunal, l’inculpé a admis s’être présenté à ses victimes comme, secrétaire personnel du Président de la République Abdelmadjid Tebboune, chef de cabinet à la Présidence, officier supérieur du ministère de la Défense Nationale et chef de la sécurité interne au sein du même ministère. Il a également reconnu avoir pris contact avec des institutions étrangères prestigieuses, telles que l’ONU, la Cour pénale internationale de La Haye ou encore le ministère allemand des Affaires étrangères.
De fausses nominations diplomatiques
L’usurpateur a avoué avoir ciblé des figures institutionnelles de premier plan, notamment Mme Leila Aslaoui, actuelle présidente de la Cour constitutionnelle, à qui il a proposé un poste d’ambassadrice en Allemagn, Mme Fatiha Benabbou, également membre de la Cour constitutionnelle, à qui il a promis une nomination en Grèce contre 65 millions de centimes ainsi que Fettouche Mohamed, cadre de la wilaya de Laghouat, qu’il prétendait nommer ambassadeur à Genève. Il a aussi affirmé pouvoir faire libérer des Algériens prétendument séquestrés au Maroc, réclamant 5 000 euros à un certain Kheddim Toufik. Dans un autre épisode surprenant, il a ordonné à un ancien cadre du ministère de la Solidarité nationale de démissionner sous 48 heures. Ce dernier a effectivement présenté sa démission.
Une fausse implication dans la sécurité du Sommet arabe
L’accusé est allé jusqu’à émettre des «réserves sécuritaires» concernant le Sommet arabe organisé à Alger, se présentant comme un responsable de la sécurité interne chargé des préparatifs et des inspections des sites devant accueillir l’événement. Le procureur général, M. Benbouazza Nassim, a requis la réclusion criminelle à perpétuité contre les deux prévenus. Il a affirmé que toutes les preuves légales et matérielles démontraient clairement leur intention criminelle. Il a notamment déclaré : «Le mis en cause possède une intelligence indescriptible. En un laps de temps très court, il a réussi à prendre contact et à établir des liens avec de hauts cadres et des officiers supérieurs du MDN, en usant d’une fausse identité! » Face à l’évidence des aveux, les avocats de la défense, dont Me Touahria Redouane, ont sollicité l’application des circonstances atténuantes, conformément à l’article 53 du Code pénal. Le tribunal a répondu oui aux douze questions liées à la culpabilité.
Peine légèrement réduite pour le complice
À noter que la peine initialement prononcée contre Belhani Mohamed a été réduite d’une année : il avait été condamné à cinq ans de prison ferme lors du premier jugement. L’avocat de Belhassini Yacoub a annoncé qu’il introduirait un pourvoi en cassation devant la chambre criminelle de la Cour suprême, au plus tard demain, afin de demander la révision du jugement rendu en appel.
Le Trésor public, pour sa part, n’a pas dépêché de représentants pour réclamer des réparations matérielles pour les préjudices subis. Belhassini Yacoub devra désormais attendre au moins deux ans avant que la Cour suprême ne statue sur son pourvoi.
R.H.
