Cette rencontre technique et politique de haut niveau vient concrétiser le dégel amorcé durant l’été 2026. Elle traduit la volonté partagée d’imprimer un nouvel élan aux partenariats stratégiques et économiques qui unissent les deux nations.
Après près d’une décennie d’interruption, Alger et Bamako renouent le dialogue au plus haut niveau. La 13e session de la Grande commission de coopération mixte algéro-malienne, prévue aujourd’hui et demain dans la capitale malienne, marque une étape importante dans le processus de rapprochement engagé durant l’été 2026. Au-delà du symbole politique, les deux pays entendent remettre sur les rails leur coopération sécuritaire, économique et commerciale.
Une réunion devant être coprésidée par le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, et le Premier ministre algérien, SifiGhrieb. Ce dernier sera à la tête d’une importante délégation ministérielle, accompagnée d’hommes d’affaires.
L’enjeu est de taille. La précédente session de cette instance s’était tenue en novembre 2016. Près de dix ans plus tard, sa réactivation intervient dans un contexte marqué par une longue période de tensions entre les deux pays, mais aussi par la volonté affichée de tourner la page et de rétablir des mécanismes réguliers de dialogue.
Cette reprise du processus bilatéral fait notamment suite à la visite à Alger du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga. Reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, il a également eu des entretiens avec son homologue algérien, SifiGhrieb. Une séquence diplomatique qui a contribué à accélérer le rapprochement entre Alger et Bamako.
La sécurité au cœur des discussions
Dans une région sahélienne confrontée à la multiplication des menaces, le volet sécuritaire devrait naturellement occuper une place importante dans les discussions. L’Algérie et le Mali partagent une longue frontière au cœur de l’espace sahélo-saharien, une zone particulièrement exposée au terrorisme, aux trafics et à la criminalité transfrontalière.
Terrorisme, trafic de drogues et d’armes, criminalité organisée et mouvements illicites constituent autant de défis qui dépassent les frontières nationales. Pour Alger comme pour Bamako, la nécessité d’une coordination accrue apparaît donc comme un impératif.
La Grande Commission mixte devrait ainsi permettre de remettre en place des mécanismes de concertation et d’examiner les moyens de renforcer la coopération dans la lutte contre les menaces transfrontalières.
Relancer les échanges
Mais le rendez-vous de Bamako ne se limitera pas aux questions sécuritaires. Les relations économiques, le commerce, les flux transfrontaliers et plusieurs secteurs stratégiques seront également au menu des discussions.
La session de 2016 avait déjà permis la conclusion de plusieurs accords dans des domaines aussi variés que l’énergie, le pétrole et le gaz, la recherche géologique et minière, les ressources en eau, la santé, l’agriculture, l’emploi, le commerce, la solidarité nationale et la culture.
Cette nouvelle rencontre pourrait permettre de réactiver une partie de ces mécanismes et de donner naissance à de nouvelles conventions sectorielles. L’objectif est désormais de passer du rapprochement politique à des réalisations concrètes sur le terrain.
Un axe à fort potentiel
Dans cette perspective, l’un des dossiers les plus structurants pourrait être le développement de l’axe Alger–Tamanrasset–Gao–Bamako en véritable corridor économique régional.
L’ambition serait de renforcer progressivement les infrastructures reliant le Sud algérien au Mali, en agissant sur plusieurs maillons : routes, postes frontaliers, plateformes logistiques, entrepôts, télécommunications, énergie, transport et procédures douanières.
Un tel corridor dépasserait largement le cadre des relations algéro-maliennes. Il pourrait, à terme, ouvrir des débouchés vers le Burkina Faso, le Niger et une partie de l’Afrique de l’Ouest, en faisant du Sud algérien une interface commerciale entre la Méditerranée et le Sahel.
Tourner la page
Les deux journées de travaux de Bamako devraient donc être scrutées avec attention. La signature de conventions sectorielles, la relance des échanges commerciaux et la mise en place de mécanismes de concertation permanente constitueraient autant de signes tangibles du nouveau départ souhaité par les deux parties.
Au-delà des déclarations politiques, l’enjeu sera surtout de transformer le rapprochement diplomatique en coopération concrète. Après les tensions des dernières années, Alger et Bamako semblent désormais vouloir miser sur leur proximité géographique, leurs intérêts sécuritaires communs et le potentiel de leurs échanges économiques.
À Bamako, la Grande commission ne doit pas être seulement une réunion bilatérale de plus. Elle devrait marquer le début d’un nouveau cycle dans les relations algéro-maliennes, avec pour ambition de reconnecter le Maghreb et le Sahel autour d’intérêts communs.
Smail Rouha
