Se taire aujourd’hui, c’est consentir. Minimiser, c’est participer. Quand la vie de dizaines de milliers d’enfants est en jeu, il n’existe plus d’équivoque possible : la justice doit rattraper les criminels.
À New York, dans la coupole des Nations unies, Benjamin Netanyahu n’a pas prononcé un discours politique : il a délivré une déclaration de guerre génocidaire sans limite. Devant l’Assemblée générale, il a refusé toute remise en cause de la stratégie militaire menée à Ghaza, s’en prenant aux pays ayant reconnu la Palestine et affirmant sa détermination à «finir le travail». Sa rhétorique n’était pas seulement défensive : elle s’inscrit dans une logique de destruction totale dirigée contre une population civile massivement évacuée, affamée et privée de soins.
Les chiffres, qui ne peuvent être balayés comme de la simple «propagande», donnent la mesure du désastre humain. Selon les autorités sanitaires de Ghaza et le suivi humanitaire de l’ONU, la guerre déclenchée en octobre 2023 a fait plus de 65 000 morts palestiniens et plus de 160 000 blessés à ce jour. Ces totaux, régulièrement actualisés et repris par l’OCHA, les agences onusiennes et les médias internationaux, révèlent une proportion extrêmement élevée d’enfants et de femmes parmi les victimes. Les agences humanitaires alertent également sur des dizaines de milliers d’enfants tués ou mutilés, ainsi que sur des centaines, parfois des milliers, de décès liés à la faim et à la malnutrition dans des zones frappées par la famine.
Lorsqu’une opération militaire provoque de telles pertes civiles — familles entières pulvérisées, hôpitaux hors d’usage, quartiers résidentiels rasés — il ne s’agit plus d’une simple «opération contre un mouvement armé». Les principes du droit international humanitaire interdisent les punitions collectives, la destruction disproportionnée et les attaques aveugles contre des civils. Or, plusieurs organes indépendants et ONG ont estimé que les actes commis à Ghaza relèvent de crimes internationaux. Dès décembre 2024, Amnesty International a conclu que l’entité sioniste avait commis des actes interdits par la Convention sur le génocide. Plus récemment, une commission d’enquête onusienne a qualifié la conduite de la guerre à Ghaza de génocidaire, reliant les actes et déclarations de responsables politiques aux effets produits sur la population. Ces conclusions sont le fruit de mois d’investigations, de recoupements et d’entretiens.
La complicité internationale est, elle aussi, un fait. Washington, par son parapluie diplomatique et militaire, a longtemps offert à l’entité sioniste un soutien inconditionnel. D’autres puissances dénoncent, hésitent, mais peinent à traduire leurs paroles en actes contraignants. Ce silence, ou cette timidité, alimente l’impunité et transforme les condamnations morales en caution implicite. Les procès, enquêtes et mandats, qu’il s’agisse des procédures devant la Cour pénale internationale ou des demandes formulées devant la Cour internationale de Justice, ne sont pas de simples symboles : ce sont des instruments juridiques capables de contraindre des États et leurs dirigeants. Plusieurs voix appellent désormais à activer ces mécanismes.
L’exigence de justice
Soyons clairs : accuser ne remplace pas la justice. Mais refuser d’exiger des comptes, d’ouvrir des enquêtes indépendantes, de soutenir la collecte de preuves et d’appuyer des démarches judiciaires internationales, c’est renoncer à l’idée même que des dirigeants puissent être tenus responsables de leurs actes. Netanyahu doit être confronté aux faits : ses paroles publiques, sa stratégie militaire et leurs conséquences sur des millions de civils. Le célébrer pour un prétendu «réalisme» n’est que pur cynisme. La mise en cause politique et la saisine des juridictions compétentes constituent des réponses nécessaires, proportionnées et conformes au droit international.
Si la communauté internationale ne réagit pas avec fermeté — sanctions ciblées, embargo sur les armes utilisées dans des opérations illégales, soutien aux enquêtes indépendantes, protection accrue des civils — la logique observée à Ghaza risque de devenir une norme dangereuse. Se taire aujourd’hui, c’est consentir. Minimiser, c’est participer. Et quand la vie de dizaines de milliers d’enfants est en jeu, il n’existe plus d’équivoque possible : la justice doit rattraper les criminels.
R.M
