L’initiative de Trump a occulté la question de l’État palestinien et du droit au retour, tout en suscitant des craintes quant à l’imposition de nouvelles réalités qui nuiraient à la résistance et à la cause palestinienne.
Alors que la Maison-Blanche a dévoilé lundi soir les grandes lignes d’un nouveau plan pour mettre fin à la guerre dans la bande de Ghaza, l’initiative américaine suscite autant d’espoirs que d’inquiétudes. Donald Trump a fixé au mouvement Hamas un délai de trois à quatre jours pour répondre à sa proposition, présentée comme «claire et complète», et a assuré que — si le Hamas refusait — «Israël fera ce qu’il doit faire». Le plan, composé de vingt et un articles, prévoit notamment la libération de prisonniers sionistes dans les 72 heures, le désarmement du Hamas et la création d’un comité de transition palestinien composé de technocrates, supervisé par une instance internationale baptisée «Conseil de la paix». Ces mesures renforcent les craintes d’une tutelle prolongée, tandis que la communauté humanitaire insiste sur l’accès sans entrave à l’aide et sur des garanties pour la protection des civils.
À Doha, le Qatar a organisé hier des consultations réunissant une délégation du Hamas, des représentants turcs et égyptiens ainsi que des médiateurs qataris et égyptiens. Le porte-parole qatari Majed Al-Ansari a indiqué que la délégation du Hamas avait reçu le plan et s’engageait à l’examiner «avec responsabilité». Doha a affirmé avoir obtenu des garanties sécuritaires directes de la part de Washington et de l’entité sioniste après la frappe qui avait visé des dirigeants du Hamas sur son sol, et a exprimé son optimisme quant à la possibilité d’avancées concrètes.
Sur la scène régionale, les réactions sont contrastées. Huit pays arabes et islamiques, dont le Qatar, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie, la Jordanie et les Émirats arabes unis, ont salué l’effort américain en le qualifiant d’«effort sincère» et ont appelé à garantir l’acheminement ininterrompu de l’aide et à lancer la reconstruction de Ghaza. Le communiqué conjoint souligne aussi la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat et d’un processus politique fondé sur la solution à deux États. À l’opposé, la fronde au sein de l’échiquier politique sioniste est virulente. Bezalel Smotrich, ministre des Finances et figure de l’extrême-droite, a dénoncé le plan comme un «retour à Oslo» et une «folie» destinée à obliger de nouveau les jeunes sionistes à combattre à Ghaza. De son côté, des voix palestiniennes dénoncent une logique de capitulation. Abbas Zaki, du Fatah, parle d’un «document de capitulation» consacrant l’humiliation et d’une administration extérieure qui ne respecterait pas la volonté populaire.
Rejet ferme des Comités de la Résistance
Les Comités de la Résistance en Palestine ont, quant à eux, vigoureusement rejeté le texte, estimant qu’il reprendrait «pleinement les revendications du projet colonial sioniste» et chercherait à liquider la cause palestinienne en séparant Ghaza de la Cisjordanie et en éradiquant la résistance armée. Ce constat radical contraste avec l’espoir affiché par d’autres acteurs régionaux et internationaux, qui voient dans la feuille de route une opportunité de stabiliser la région et d’engager une vaste reconstruction. Au cœur des débats figurent des questions concrètes : qui contrôlera la sécurité à Ghaza, comment sera organisée la reconstruction, quelles garanties pour la non-répétition d’attaques contre des États tiers, et surtout — pour nombre de Palestiniens — comment sera assurée la levée du blocus et l’exercice d’un droit à l’autodétermination.
Les limites du «plan Trump»
L’initiative connue sous le nom de «plan Trump» portait la promesse de mettre fin au génocide à Ghaza, de lever le blocus et de lancer la reconstruction, mais elle a échoué à l’épreuve des droits nationaux. Elle a en effet occulté la question de l’État palestinien et du droit au retour, tout en suscitant des craintes quant à l’imposition de nouvelles réalités qui nuiraient à la résistance et à la cause palestinienne. Le «plan Trump» est intervenu alors que les pressions internationales et humanitaires s’intensifiaient sur l’entité sioniste en raison de son agression continue contre la bande de Ghaza depuis deux ans, ayant provoqué des milliers de martyrs et de blessés ainsi que des destructions innombrables dans les infrastructures du territoire. Il est également survenu dans un contexte d’isolement sans précédent pour l’occupant et de montée de la contestation populaire en Occident et aux États-Unis face aux politiques de l’occupation, ce qui a contraint Trump à chercher une issue adaptée aux impératifs intérieurs américains et à l’approche des prochaines élections de mi-mandat.
Le plan de Trump est ainsi apparu comme le résultat de la résistance tenace de Ghaza et de l’isolement international grandissant de l’entité sioniste. L’initiative présente des gains humanitaires immédiats, tels que l’arrêt de la guerre, la levée du blocus, la prévention du déplacement forcé et la reconstruction. Mais elle passe sous silence les droits nationaux fondamentaux des Palestiniens, au premier rang desquels le droit à l’autodétermination, l’établissement d’un État palestinien et le retour des réfugiés. Le plan impose de fortes pressions sur la résistance, en particulier sur la question du désarmement et de la criminalisation de la lutte armée. Il accorde à l’entité sioniste certains gains à court terme (notamment concernant les prisonniers et les armes), mais lui fait perdre son contrôle sécuritaire et l’expose à un isolement international croissant. Il ignore les questions essentielles telles que les droits en Cisjordanie, à Jérusalem et face à la colonisation, et renforce les divisions palestiniennes. Il menace d’extraire Ghaza du cadre politique national palestinien et de le transformer en un simple dossier administratif ou placé sous gestion internationale. Il alimente ainsi les craintes d’une liquidation de la cause palestinienne, en la réduisant d’une question politique à un simple dossier humanitaire et caritatif.
Entre ouverture et impasse
Tandis que Doha tente de jouer les facilitateurs, la balle demeure dans le camp du Hamas et dans celui des capitales régionales. Si une acceptation politique permettait d’ouvrir la voie à un cessez-le-feu durable et à une reconstruction massive, le rejet du texte pourrait rouvrir des séquences de violence et accroître la fragmentation politique palestinienne. La véritable solution exige sans doute de traiter les racines profondes du conflit à travers un règlement politique juste et global, et non de se contenter de solutions humanitaires ou temporaires.
Assia M.
