Cette double annonce illustre la volonté d’Alger de répondre de manière ferme et symétrique à la décision du président Emmanuel Macron de suspendre un accord de facilitation des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service.
Du tac au tac. Fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent. Telle est la loi du Talion. Dans un contexte diplomatique tendu, l’Algérie met fin aux avantages immobiliers accordés à la France. Cette mesure concerne de nombreux biens publics loués à des conditions exceptionnelles, parfois pour un simple franc symbolique. Cette décision fait suite aux mesures restrictives sur les visas envisagées par Emmanuel Macron dans un courrier adressé à François Bayrou. Une décision notifiée au Chargé d’Affaires de l’ambassade de la République française en Algérie – l’ambassadeur étant absent depuis son rappel le 15 avril dernier-, lors de sa convocation, jeudi au siège du ministère des Affaires étrangères, par le directeur des Immunités et Privilèges.
Fin de l’exemption de visas
Selon un communiqué du ministère, deux notes verbales ont été remises au diplomate français. «La première note verbale a eu pour objet de notifier formellement la dénonciation par la partie algérienne de l’Accord algéro-français de 2013 relatif à l’exemption réciproque des visas pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service», précise le communiqué. Contrairement à la simple suspension décidée par Paris, cette dénonciation met un terme définitif à l’existence même de cet accord. «Cette dénonciation va plus loin que la simple suspension notifiée par la partie française et met définitivement un terme à l’existence même de cet accord», souligne le communiqué. Ainsi, les détenteurs français de ces passeports devront, désormais, solliciter un visa pour entrer en Algérie. Mieux, Alger se réserve par ailleurs le droit d’appliquer exactement les mêmes conditions que celles imposées par la France aux diplomates algériens. «En conséquence, et sans préjudice des délais prévus dans l’accord, le Gouvernement algérien a décidé de soumettre, avec effet immédiat, les titulaires de passeports diplomatiques et de service français à l’obligation de visas. Il se réserve, par ailleurs, le droit de soumettre l’octroi de ces visas aux mêmes conditions que celles que le Gouvernement français arrêtera pour les ressortissants algériens. Il s’agit là d’une stricte application du principe de réciprocité qui exprime, avant tout, le rejet par l’Algérie des velléités françaises de provocation, d’intimidation et de marchandage», est-il mentionné.
Plus d’avantages immobiliers
La seconde note verbale concerne les biens immobiliers de l’État algérien mis à disposition de l’ambassade de France. «La seconde note verbale vise, quant à elle, à informer la partie française de la décision des autorités algériennes de mettre fin à la mise à disposition, à titre gracieux, de biens immobiliers appartenant à l’Etat algérien au profit de l’ambassade de France en Algérie», lit-on dans le communiqué.
Réexamen des baux
En plus de la fin de la gratuité, le gouvernement a annoncé un réexamen des baux contractés par l’ambassade et d’autres représentations françaises telles que les consulats ou les instituts culturels. «Cette note annonce, également, le réexamen des baux, considérablement avantageux, contractés par l’ambassade avec les OPGI d’Algérie», ajoute le communiqué. De ce fait, Alger exige une renégociation globale. A cet égard, le gouvernement algérien «a invité la partie française à dépêcher une délégation à Alger pour entamer les discussions à ce sujet». D’autant, met en avant le communiqué, que «la représentation diplomatique algérienne en France ne bénéficie d’aucun avantage de cette même nature. En conséquence, l’action algérienne ainsi décidée vise là également à introduire l’équilibre et la réciprocité dans la relation algéro-française globale». Cette double annonce illustre la volonté d’Alger de répondre de manière ferme et symétrique à la décision du président Emmanuel Macron de suspendre un accord de facilitation des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service.
Au franc symbolique
Sous l’intitulé «Hypocrisie diplomatique : Quand la France accuse l’Algérie en oubliant ses propres privilèges», l’APS rapportait, en avril dernier, que 61 biens immobiliers sont occupés par la France sur le sol algérien, moyennant des loyers ridiculement bas. Parmi ces biens, le siège de l’ambassade de France en Algérie s’étend sur une vaste superficie de 14 hectares (140.000 mètres carrés) sur les hauteurs d’Alger, avec un loyer si insignifiant qu’il ne couvrirait même pas le prix d’une modeste chambre de bonne à Paris. Quant à la résidence de l’ambassadeur de France, connue sous le nom «les Oliviers», elle s’étale sur 4 hectares (40.000 mètres carrés) et est louée au franc symbolique, sur la base d’un prix de bail inchangé depuis 1962 jusqu’en août 2023. Une largesse que la France n’a jamais daigné accorder à l’Algérie sur son propre territoire.
Badis B.
