Longtemps considéré comme une institution consultative dont les recommandations peinaient à dépasser les murs des salles de conférences, le Parlement africain affiche désormais une ambition nouvelle.
À Midrand, en Afrique du Sud, le président du Parlement panafricain, FatehBoutbig, a voulu marquer un tournant historique en faisant de la clôture de la première session ordinaire de la 7e législature bien davantage qu’un simple exercice protocolaire. Son discours semble dessiner les contours d’une véritable feuille de route politique pour le continent.
Dès les premières minutes de son intervention, le ton est donné.
Le Parlement africain ne veut plus être une enceinte où l’on accumule les résolutions sans lendemain. Il aspire désormais à devenir une institution capable d’influencer concrètement le destin du continent. Pour Boutbig, la réussite ne se mesure ni au volume des rapports produits ni au nombre de sessions organisées, mais aux changements tangibles qu’ils provoquent dans la vie des Africains. Cette rupture avec une culture du symbole constitue sans doute le message le plus fort de son allocution.
Ce changement de philosophie intervient dans un contexte international particulièrement mouvant. Les équilibres géopolitiques sont en pleine recomposition, la compétition mondiale pour les ressources s’intensifie, les mutations technologiques bouleversent les économies tandis que plusieurs régions africaines demeurent confrontées au terrorisme, aux conflits armés, au changement climatique, à l’insécurité alimentaire, aux crises sanitaires et au chômage. Face à cette accumulation de défis, Boutbig refuse une Afrique condamnée à subir les décisions des grandes puissances. Il plaide pour un continent qui participe pleinement à l’écriture du nouvel ordre mondial.
Cette vision repose sur un principe simple : l’unité africaine n’est plus un idéal romantique mais une nécessité stratégique. Selon lui, seule une Afrique parlant d’une voix commune pourra défendre efficacement ses intérêts, préserver sa souveraineté politique, valoriser ses richesses naturelles et offrir à ses populations les bénéfices d’un développement durable. Derrière cette idée apparaît une volonté claire de renforcer l’intégration continentale et d’accélérer la mise en œuvre des grands projets de l’Union africaine.
Le discours prend ensuite une dimension programmatique avec l’annonce de la déclaration de Midrand 2026. Celle-ci fixe dix grandes priorités qui dessinent le cap de la nouvelle législature. Consolidation de la paix, accélération de la Zone de libre-échange continentale africaine, sécurité alimentaire, développement industriel, économie verte et bleue, promotion des femmes et des jeunes, investissement dans l’éducation, la recherche, le numérique et l’intelligence artificielle, lutte contre le terrorisme, la corruption et les trafics, ainsi que construction de partenariats internationaux fondés sur le respect mutuel.
Au-delà des déclarations d’intention, Boutbig insiste sur la nécessité de transformer ces engagements en politiques publiques concrètes grâce à une coopération renforcée entre le Parlement africain, les parlements nationaux et les institutions de l’Union africaine. Son ambition est de faire du Parlement panafricain un moteur de suivi, d’évaluation et de contrôle de l’action continentale.
L’autre originalité de son intervention réside dans l’importance accordée à la jeunesse et aux femmes. Il ne les présente pas comme de simples bénéficiaires des politiques publiques, mais comme des acteurs centraux de la transformation économique, politique et technologique de l’Afrique. De même, l’accent mis sur la souveraineté numérique et l’intelligence artificielle témoigne d’une volonté d’inscrire le continent dans les grandes mutations du XXIᵉ siècle.
En conclusion, FatehBoutbig adresse un message d’espérance autant que de responsabilité. Les peuples africains, affirme-t-il, attendent désormais des actes plutôt que des discours, de l’unité plutôt que des divisions, et des résultats plutôt que des promesses.
Son objectif est de faire entrer le Parlement africain dans une nouvelle phase de son histoire, celle d’une institution capable non seulement d’exprimer les aspirations des Africains, mais aussi de contribuer directement à leur réalisation. Ce discours apparaît ainsi comme un manifeste en faveur d’une Afrique plus souveraine, plus intégrée, plus influente et résolument tournée vers l’action.
S. Méhalla
