Une coalition internationale composée d’organisations internationales demande à la France d’assumer les lourdes conséquences de ses 57 tirs atomiques menés entre 1960 et 1966 en Algérie.
Ces organisations signataires de la pétitionlancée le 29 août dernier, (dont SHOAA pour les Droits de l’Homme, Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN),l’Observatoire des armements, Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les Conflits (CDRPC), Université de Bradford ou encore PEAC Institute), appellent Paris à faire face aux impacts sanitaires, environnementaux et mémoriels de ces essais, qui continuent de toucher la population et l’environnement de la région. Ces organisations, exigent que la France prenne quatre mesures concrètes, à savoir reconnaître officiellement les crimes commis lors de ces essais, publier l’intégralité des archives liées aux essais nucléaires, dépolluer les sites contaminés dans le Sahara et ratifier le Traité d’interdiction des armes nucléaires.
En effet, ces appels visent à obtenir justice pour les victimes et à réparer les dommages causés par les essais nucléaires français en Algérie. Cette nouvelle initiative internationale est lancée après l’échec d’une précédente tentative en septembre 2024, lorsque les rapporteurs de l’ONU avaient déjà interpellé la France, en vain. La société civile mondiale intensifie donc la pression pour obliger Paris à affronter son passé nucléaire, un sujet longtemps resté tabou. Par ailleurs, les organisations sanitaires dénoncent une injustice flagrante : depuis 2010, seules deux victimes algériennes ont été indemnisées, contre 400 Polynésiens. Cette disparité est jugée inacceptable et met en lumière un traitement discriminatoire qui constitue une grave injustice mémorielle pour les victimes algériennes. Soixante-cinq ans plus tard, les populations locales continuent de subir les conséquences dévastatrices de ces explosions nucléaires. Chaque année, les registres médicaux font état de nombreux cas de cancer, de malformations génitales, de handicaps, de stérilité et de troubles psychologiques chroniques. Selon le texte, ces essais «ont laissé une empreinte tragique sur la vie de milliers de personnes. Les zones touchées enregistrent des hausses alarmantes des taux de cancer, de maladies respiratoires chroniques et de malformations congénitales, en plus de la dégradation continue des ressources naturelles, de la perturbation des moyens de subsistance et de l’affaiblissement du tissu social et économique des communautés locales.
Ils ont également provoqué des traumatismes psychologiques profonds, aggravés par l’absence de soins médicaux adéquats et le manque de transparence sur les risques réels». Aussi, déplorent-elles «l’absence de réponse à ce jour, ce qui reflète la persistance d’une négligence officielle face à une tragédie humanitaire et environnementale qui dure depuis trop longtemps». Selon ces organisations internationales, les tensions diplomatiques actuelles entre l’Algérie et la France «ne doivent pas servir de prétexte pour ignorer ce dossier ou justifier l’inaction». Bien au contraire, «la sensibilité des relations entre les deux pays devrait inciter à placer l’intérêt humanitaire commun au-dessus de tout différend politique ou circonstanciel, et à traiter cette question comme un dossier fondamentalement humanitaire, de droits humains et environnementaux, ne pouvant faire l’objet de marchandages ou de reports».
Une priorité absolue
Les 20 ONG demandent à la France d’«ouvrir des discussions sérieuses entre les deux gouvernements afin de faire du dossier des essais nucléaires une priorité absolue, en l’abordant avec sérieux et responsabilité, compte tenu des dommages environnementaux, sanitaires et humains dont les effets persistent encore aujourd’hui». Elles recommandent en outre, «de mettre en place une commission conjointe de suivi des conséquences des essais nucléaires et autres essais sur la santé et l’environnement, composée de représentants des deux gouvernements, de parlementaires et d’associations de victimes, chargée d’assurer le suivi du dossier et de renforcer la transparence, garantissant ainsi un engagement effectif des deux parties».
Elles pressent la France à divulguer immédiatement «tous les documents et cartes relatifs aux essais nucléaires, y compris les emplacements d’enfouissement des déchets radioactifs, la remise à l’Algérie d’une copie complète des archives nucléaires, la cessation du recours au prétexte de la sécurité nationale», et enfin de «prendre des mesures concrètes pour remédier aux dommages causés par les essais nucléaires, y compris la dépollution des zones contaminées, ainsi que la signature et la ratification du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) comme geste de bonne foi garantissant vérité et justice pour les populations affectées.
Mahmoud Tadjer
