En quelques jours, Russes, Américains et Indiens ont défilé à Alger. Un ballet stratégique qui confirme son rôle de pivot régional…
Les projeteurs militaires s’allument et voilà l’Algérie placée sous les feux de la rampe.
En l’espace de quelques semaines, Alger a connu une valse de hauts responsables militaires. Et pas des moindres. Hier, le ministre Délégué auprès du ministre de la Défense Nationale, le général d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’Armée Nationale Populaire, a reçu, au siège de l’Etat-Major de l’ANP, le directeur du Service Fédéral pour la Coopération militaire et technique de la Fédération de Russie, Dimitry Shugaev, et Co-président de la Commission gouvernementale algéro-russe, chargée de la coopération militaire et technique. Il y a une semaine, le général-major Claude K. Tudor Jr, commandant des opérations spéciales des Forces américaines en Afrique (AFRICOM), a effectué une visite de travail en Algérie. Lors de son séjour en Algérie, le général-major Claude K. Tudor Jr a rencontré le général de corps d’armée Mostafa Smaali commandant des forces terrestres algériennes. «Il s’agit de la première délégation militaire américaine de haut niveau à se rendre en Algérie depuis la visite du commandant de l’Africom en janvier 2025 pour la signature d’un mémorandum d’entente historique sur la coopération militaire», a précisé un communiqué de l’Ambassade des États-Unis d’Amérique en Algérie. Selon un communiqué du ministère de la Défense nationale, les deux parties ont tenu des discussions bilatérales portant sur des domaines d’intérêt commun. La même source souligne que les deux parties ont salué l’excellence des relations bilatérales et les mécanismes de concertation et de coopération existants entre les deux pays.
Une mission navale à vocation bilatérale
Fait du hasard, la visite du général-major Claude K. Tudor Jr a coïncidé avec l’accostage au port d’Alger d’un détachement russe, composé du sous-marin Novorossiisk issu de la flotte de la mer Noire et du navire de soutien Lakov Grebelskii rattaché à la Baltique. Un accostage intervenant dans le cadre de la coopération militaire bilatérale entre l’Algérie et la Russie, selon un communiqué du ministère algérien de la Défense. Au-delà des exercices militaires, la visite comportait une dimension protocolaire, avec des rencontres institutionnelles. Selon des analystes, ce type d’événement, fréquent dans les relations de défense, sert aussi de vitrine pour les coopérations technologiques et l’interopérabilité des forces. Selon des observateurs, ces activités pourraient donner lieu à de nouvelles opportunités de formation et de modernisation pour la marine algérienne. Fin août dernier, le général d’armée Saïd Chanegriha avait reçu en audience le Général d’Armée Upendra Dwivedi, Chef d’État-Major des Forces terrestres indiennes, à la fin de sa visite de travail en Algérie à la tête d’une importante délégation militaire.
Une présence de haut niveau à forte connotation
Cette valse de hauts responsables militaires reflète toute la place qu’occupe Alger sur l’échiquier sécuritaire. Le général Tudor, en poste depuis juin 2025, supervise l’ensemble des opérations spéciales américaines sur le continent africain, dirigeant plus de 1900 militaires américains, fonctionnaires gouvernementaux et militaires internationaux opérant dans 19 pays en Afrique et en Europe. En quête de l’appui de l’armée algérienne au Sahel, les Américaines comptent sur l’expérience acquise par l’ANP dans la guerre qu’elle a menée, seule, contre le terrorisme. Les Américains ont toujours encensé l’Algérie et reconnu sa position de puissance militaire régionale. Tandis que Dimitry Shugaev n’est autre que le directeur du Service Fédéral pour la Coopération militaire et technique de la Fédération de Russie.
Aussi, cette simultanéité de visites russes et américaines ne peut être considérée comme un simple hasard. Elle reflète un intérêt stratégique accru pour l’Algérie, dans un contexte régional de plus en plus instable. Elle met aussi en lumière la position singulière de l’Algérie qui, fidèle à sa politique de non-alignement, parvient à négocier des partenariats avec des puissances rivales sans perdre de vue ses propres intérêts géopolitiques et sécuritaires. Une position que les puissances occidentales ont compris depuis longtemps.
Badis B.
