Il est des époques où la nuisance cesse d’être accidentelle pour devenir méthodique. Nous traversons l’une d’elles. Une catégorie d’individus s’est installée dans le paysage médiatique non pour éclairer, mais pour corroder.
Non pour questionner, mais pour délégitimer. Non pour servir, mais pour saper. Ils ne sont ni patriotes maladroits ni critiques exigeants. Ils sont les artisans d’une dévastation symbolique assumée.
Qu’on cesse de leur prêter une ambiguïté stratégique. Il n’y a chez eux aucune fidélité retenue, aucune loyauté contrariée. Il n’y a pas «assez de patriotisme pour ne pas être répudiés». Il n’y en a aucun. Leur discours n’est pas celui d’un amour blessé, mais d’une hostilité structurée. Ils n’exercent pas la vigilance citoyenne, ils cultivent la défiance systématique. Ils ne dénoncent pas des dérives, ils fabriquent un récit d’illégitimité permanente.
Ils parlent d’État comme d’une entité ennemie, d’institutions comme d’une imposture congénitale, de nation comme d’une fiction. Tout est faillite, tout est mensonge, tout est crépuscule. Cette fresque apocalyptique n’est pas le fruit d’une enquête rigoureuse, elle est le symptôme d’une haine mal digérée, d’un ressentiment devenu matrice idéologique. Ils ne critiquent pas pour réformer, ils attaquent pour délier, pour fracturer, pour délégitimer l’idée même de communauté nationale.
Le plus grave n’est pas l’excès verbal. Le plus grave est la trajectoire symbolique tendant la main à ceux qui n’ont jamais cessé d’hostiliser l’Algérie. Le Makhzen, la douwayla… Ils reprennent leurs narratifs, amplifient leurs angles, valident leurs obsessions. Là où l’esprit critique devrait s’exercer d’abord à l’égard des puissances qui convoitent, ils choisissent de frapper leur propre socle. Ce n’est pas de la dissidence, mais une reddition discursive.
Ils se rêvent iconoclastes, ils ne sont que relais. Derrière eux circulent des dossiers orientés, des éléments de langage prémâchés, des récits calibrés ailleurs. Guerre cognitive et l’expression n’est pas excessive. Elle décrit une stratégie de sape menée par procuration, où l’influenceur devient vecteur, parfois conscient, parfois instrumentalisé. Leur radicalité de façade masque une dépendance intellectuelle profonde.
Ces imposteurs se disent journalistes. L’usurpation est totale. Le journalisme exige vérification, hiérarchisation, responsabilité, conscience du bien commun. Eux produisent de l’émotion brute, de l’insinuation, du soupçon spectaculaire. Leur échec professionnel se mue en posture morale. Leur incapacité à convaincre par la rigueur se transforme en attaque contre tout ce qui tient debout.
La critique est noble lorsqu’elle éclaire. Elle devient faute lorsqu’elle obscurcit délibérément. À force de présenter la démolition comme courage et la haine comme lucidité, ils finissent par révéler leur véritable positionnement. Non pas contre une politique, mais contre le principe même de continuité nationale.
L’Algérie n’a pas besoin de ces pyromanes rhétoriques. Elle se construira avec des intelligences enracinées, des débats exigeants, des plumes responsables. L’Histoire est sévère avec les traîtres symboliques. Elle ne les immortalise pas. Elle les relègue à la marge, là où s’éteignent les échos du vacarme.
La caravane passe…
S. Méhalla
