Réduire l’informel suppose plus qu’une mesure exceptionnelle : une transformation profonde.
À travers la loi de finances 2026, les pouvoirs publics ouvrent une nouvelle opération de régularisation fiscale, présentée comme exceptionnelle, avec l’objectif de réduire le poids de l’économie informelle et d’élargir l’assiette fiscale.
Le principe repose sur une logique de volontariat : permettre aux détenteurs de capitaux issus du circuit informel de les réintégrer dans le système bancaire et économique officiel, en contrepartie d’une imposition libératoire fixée à
8% des montants déclarés. Une mesure qui s’adresse aussi bien aux personnes physiques qu’aux personnes morales, et qui se veut, selon les autorités, un outil d’assainissement économique plutôt qu’une amnistie fiscale déguisée.
L’enjeu est de taille. L’économie informelle continue de représenter une part importante des flux financiers en circulation, échappant en grande partie à la fiscalité, au contrôle bancaire et aux mécanismes de régulation. Pour les pouvoirs publics, il s’agit non seulement de récupérer une partie de ces capitaux, mais aussi de les transformer en ressources bancarisées et traçables, susceptibles de soutenir l’investissement et la croissance. L’approche retenue s’inscrit dans une logique d’incitation plutôt que de contrainte, avec l’idée que la fiscalité réduite et la garantie d’absence de poursuites pourraient encourager la déclaration volontaire.
Un précédent qui tempère les attentes
Cependant, cette initiative soulève immédiatement une question centrale : peut-elle réellement fonctionner là où des dispositifs similaires ont échoué par le passé ? Le précédent de la loi de finances complémentaire de 2015 reste dans les esprits.
À l’époque, une taxation forfaitaire libératoire de 7% avait été instaurée pour inciter les détenteurs de capitaux informels à les déposer dans les banques et à les réinjecter dans le circuit formel. Malgré des conditions jugées favorables, les résultats avaient été largement en deçà des attentes. Une grande partie des fonds est restée en dehors du système bancaire, révélant une méfiance persistante et des freins structurels profonds.
Ce constat interroge aujourd’hui la portée réelle du dispositif de 2026. La légère hausse du taux à 8%, combinée à la promesse de régularisation sans poursuites, suffira-t-elle à inverser la tendance ? Rien n’est moins sûr.
Le problème ne réside pas uniquement dans le niveau de taxation, mais dans la relation de confiance entre les acteurs économiques informels et les institutions fiscales et bancaires. Beaucoup redoutent encore les contrôles, la traçabilité des fonds, ou simplement la perte de la flexibilité que permet le circuit informel.
Par ailleurs, l’économie informelle en Algeria ne se limite pas à des capitaux dormants ou à des liquidités non déclarées. Elle est souvent intégrée à des réseaux économiques parallèles bien structurés, répondant à des logiques sociales, commerciales et parfois même de survie économique. Dans ce contexte, la simple incitation fiscale peut ne pas suffire à provoquer un basculement massif vers le circuit formel.
Reste également la question de la crédibilité et de la stabilité des politiques publiques dans le temps. Les opérateurs économiques, surtout dans l’informel, évaluent souvent les dispositifs à l’aune de leur pérennité et de la constance de l’environnement réglementaire. Une mesure exceptionnelle peut-elle être perçue comme une opportunité durable ou comme une opération ponctuelle sans lendemain ?
Entre ambition et incertitudes
Ainsi, si l’objectif affiché de cette régularisation fiscale 2026 est clair, à savoir élargir l’assiette fiscale et réduire la part de l’informel, son succès dépendra moins du taux proposé que de la capacité des institutions à instaurer un climat de confiance, de stabilité et de prévisibilité. L’expérience de 2015 montre que l’incitation financière seule ne suffit pas toujours à faire basculer des comportements économiques profondément ancrés.
La question demeure donc ouverte : cette nouvelle tentative sera-t-elle le point de départ d’une véritable transition vers la formalisation de l’économie ou une opération de plus dont l’impact restera limité face à la résilience du secteur informel ?
Assia M.
