Loin d’être un homme de pouvoir au sens traditionnel, il n’a jamais cherché à imposer son règne ni à étendre son influence.
Le nom du défunt président Liamine Zéroual reste gravé dans la mémoire nationale comme l’une des personnalités politiques et militaires les plus complexes et les plus calmes à la fois. Son parcours est jalonné de faits d’arme, mais aussi de silences mesurés et réfléchis.
Un homme passé du silence de la carrière militaire au tumulte de l’État, avant de retrouver la quiétude avec le même détachement qu’à son arrivée. Sa présence n’était ni bruyante, ni son discours révolutionnaire au sens traditionnel, mais il a incarné l’État à un moment charnière de l’histoire de l’Algérie, plus par nécessité historique que par choix politique. Loin d’être un leader populaire ou un orateur brillant, il était l’homme d’une époque.
L’histoire lui réserva un rôle crucial. Au début des années 1990, l’Algérie traversait l’une de ses périodes les plus sombres, connue plus tard sous le nom de
«décennie noire», où politique et violence s’entrelaçaient. Le pays plongeait dans un cycle de sang et de peur. C’est dans ce contexte que Liamine Zeroual répondit à l’appel de l’État, non pas pour devenir un leader charismatique, mais pour incarner la stabilité et la continuité.
En 1994, Zeroual revient sur le devant de la scène en étant nommé président de l’État dans une phase transitoire. Cette nomination n’était pas l’aboutissement d’un parcours politique classique, mais la réponse à un vide dangereux. Il devait diriger un État fragilisé, un peuple vivant sous le joug de la peur, et un paysage politique profondément divisé.
Au milieu de la violence, il privilégia le dialogue politique. Il lança des initiatives, ouvrit les canaux de communication avec différents courants, y compris certains mouvements islamistes — une démarche audacieuse pour l’époque.
Son objectif n’était pas de justifier la violence, mais de la contenir et de ramener la politique à sa place naturelle. En organisant l’élections présidentielle de 1995, qui le propulse à la tête de l’État, Zeroual envoya un message fort : l’État existe toujours et le processus démocratique, malgré tout, n’est pas mort. Malgré un contexte sécuritaire difficile, il réussit à imposer un minimum de stabilité et à restaurer une certaine confiance dans les institutions.
Loin d’être un homme de pouvoir, il n’a jamais cherché à imposer son règne ni à étendre son influence. Au contraire, en 1998, il surprit tout le monde en annonçant sa démission et en organisant une élection présidentielle anticipée. Une première dans le monde arabe. Le message était clair : l’État est au-dessus de tous et l’alternance au pouvoir est possible.
Après avoir quitté la présidence, Zeroual retourna à sa paisible vie privée, refusant toute apparition médiatique ou intervention politique, consolidant ainsi son image d’homme d’État détaché. Il restera le symbole d’une idée rare en politique : le pouvoir n’est pas une fin en soi, mais une responsabilité temporaire. Parfois, le retrait peut être plus puissant que la persistance. D’ailleurs, il a décliné de nombreuses sollicitations pour revenir sur la scène politique.
Homme de principe, il annula, en octobre 1995, sa rencontre à New York avec le président français Jacques Chirac pour atteinte «à la dignité du peuple algérien». Les Algériens se souviendront de ce chef de l’État qui ne s’est pas laissé dicter sa conduite par Chirac et qui a refusé de se faire soigner en France,
S.R
