La visite d’État qu’effectuait le président Abdelmadjid Tebbouneà Berlin ne relevait pas du simple cérémonial diplomatique.
Les honneurs militaires, l’accueil réservé par les plus hautes autorités allemandes et l’importance des entretiens programmés traduisent une réalité plus profonde : l’Allemagne considère désormais l’Algérie comme un partenaire stratégique de premier ordre.
Ce changement de regard n’est pas le fruit du hasard. Il est la conséquence directe des bouleversements géopolitiques provoqués par la guerre en Ukraine et de la remise en cause du modèle énergétique européen. Privée d’une grande partie du gaz russe qui alimentait son industrie, l’Allemagne a dû revoir en profondeur sa politique d’approvisionnement. Dans cette nouvelle équation, l’Algérie apparaît comme l’un des rares partenaires capables d’offrir à la fois proximité géographique, expérience, stabilité et potentiel de développement.
La première livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) de Sonatrach vers l’Allemagne, intervenue quelques jours avant cette visite présidentielle, dépasse à cet égard la seule dimension commerciale. Elle constitue un signal fort de la solidité d’une relation appelée à prendre une ampleur nouvelle.
Mais l’essentiel se joue déjà au-delà des hydrocarbures. Les deux pays regardent désormais vers la prochaine révolution énergétique. Grâce à son ensoleillement exceptionnel, à l’immensité de son territoire et à ses capacités de production, l’Algérie dispose d’atouts considérables pour devenir l’un des futurs fournisseurs européens d’hydrogène vert.
Le projet de corridor SouthH2, qui doit relier l’Algérie à l’Allemagne en passant par la Tunisie, l’Italie et l’Autriche, illustre cette ambition. Soutenu par l’Union européenne, il pourrait, à terme, devenir l’une des principales artères énergétiques du continent et placer durablement l’Algérie au cœur de la transition énergétique européenne.
Cette dynamique dépasse largement le seul secteur de l’énergie. Les entreprises allemandes sont déjà solidement implantées en Algérie dans les domaines des infrastructures, des équipements industriels, des technologies et de l’industrie. La diversification économique engagée par Alger ouvre de nouveaux espaces de coopération, tandis que Berlin recherche des partenaires fiables capables d’accompagner la réindustrialisation et la sécurisation de ses chaînes d’approvisionnement.
Au fond, ce qui se joue à Berlin est bien plus qu’un renforcement des relations bilatérales. C’est l’affirmation progressive d’un repositionnement stratégique de l’Algérie. Longtemps cantonnée au rôle de fournisseur d’hydrocarbures, elle s’impose progressivement comme un acteur incontournable de la sécurité énergétique, des infrastructures régionales et des nouvelles filières de l’énergie.
L’accueil réservé au président Abdelmadjid Tebboune revêt ainsi une portée hautement symbolique. Il traduit la volonté allemande d’inscrire sa relation avec Alger dans la durée, à un moment où les grandes puissances redessinent leurs alliances économiques et énergétiques. Dans cette recomposition, l’Algérie dispose d’atouts que peu de pays de la rive sud de la Méditerranée peuvent aujourd’hui revendiquer.
La visite de Berlin apparaît ainsi comme bien davantage qu’une séquence diplomatique. Elle constitue une reconnaissance du rôle grandissant que l’Algérie est appelée à jouer dans les équilibres économiques et énergétiques euro-méditerranéens. À mesure que l’Europe redéfinit ses partenariats stratégiques, Alger s’impose de plus en plus comme un interlocuteur incontournable, non seulement pour ses ressources, mais aussi pour sa stabilité, sa position géographique et les perspectives qu’elle offre dans la transition énergétique.
S.R.
