Dans cette nouvelle bataille pour la sécurité des approvisionnements, l’Algérie avance ses atouts : réserves, infrastructures, proximité et partenariats historiques avec le continent européen.
À l’approche de l’entrée en vigueur de l’interdiction européenne sur les importations de gaz russe prévue en 2027, l’Algérie renforce son positionnement comme un acteur stratégique de la sécurité énergétique européenne. Grâce à sa proximité géographique avec le continent, à ses capacités d’exportation et à ses infrastructures développées, le pays apparaît comme l’un des fournisseurs susceptibles de contribuer à la diversification des approvisionnements européens.
Face à la nécessité de réduire durablement sa dépendance au gaz russe, l’Europe accélère la réorganisation de son modèle énergétique en recherchant des partenaires fiables capables d’assurer des flux réguliers et sécurisés. Dans ce contexte, l’Algérie bénéficie d’atouts majeurs : une longue expérience dans l’exportation de gaz, un réseau de transport connecté directement aux marchés européens et des infrastructures permettant l’acheminement du gaz aussi bien par gazoducs que sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL).
Une analyse récente publiée par Modern Diplomacy identifie l’Algérie parmi les principales alternatives envisagées par l’Europe pour compenser une partie des volumes précédemment fournis par la Russie. Le pays dispose notamment de liaisons gazières directes avec l’Espagne et l’Italie, ainsi que d’importantes capacités de liquéfaction implantées à Arzew et Skikda, lui offrant une flexibilité stratégique dans ses exportations.
Selon le Forum des pays exportateurs de gaz, les exportations algériennes de gaz naturel atteignent environ 49 milliards de mètres cubes, combinant gazoducs et GNL. Ce volume confirme le rôle de l’Algérie parmi les principaux fournisseurs énergétiques de la Méditerranée et soutient son ambition de renforcer sa présence en Europe, notamment en Allemagne.
Un acteur clé de la sécurité énergétique européenne
La recomposition énergétique européenne ouvre des opportunités pour Alger, mais l’augmentation de la demande intérieure, portée par une hausse annuelle de la consommation électrique d’environ 4 % et par des projets comme le dessalement de l’eau de mer, pourrait limiter les capacités exportables.
L’accord énergétique algéro-allemand de juillet 2026, intégré au corridor SoutH2 via l’Italie, traduit cette coopération croissante, mais vise surtout à optimiser les flux existants plutôt qu’à accroître fortement les volumes exportés.
L’Algérie occupe une place stratégique en Afrique du Nord grâce à ses infrastructures gazières stables et à son expérience dans le secteur. Si l’Égypte, la Libye et le Maroc disposent d’atouts complémentaires, ils restent confrontés à des contraintes spécifiques. L’Europe pourrait compenser une partie de la baisse des importations russes par des approvisionnements nord-africains, associés au GNL américain et qatari, mais à un coût supérieur à celui des gazoducs traditionnels.
Le TSGP, un projet à dimension continentale
Parmi les projets structurants figure le gazoduc transsaharien, considéré comme l’une des initiatives énergétiques majeures en Afrique. Ce projet prévoit l’acheminement d’environ 30 milliards de mètres cubes de gaz par an depuis le Nigeria, à travers le Niger, jusqu’à l’Algérie, avant une éventuelle exportation vers l’Europe.
L’intérêt stratégique du projet repose sur la complémentarité entre les importantes réserves gazières nigérianes et les infrastructures d’exportation algériennes. Sa concrétisation reste néanmoins dépendante de la stabilité politique et sécuritaire dans les zones traversées, notamment dans la région du Sahel.
Vers une coopération énergétique régionale renforcée
La sécurité énergétique européenne pourrait s’appuyer sur un réseau régional associant l’Algérie, la Libye, l’Égypte, la Tunisie et le Maroc, combinant production, transport, stockage et accès aux marchés. Le développement de cette coopération nécessiterait entre 54 et 81 milliards d’euros d’investissements sur dix ans pour moderniser les réseaux, renforcer les capacités de stockage, développer le GNL et améliorer la gestion des infrastructures.
Malgré les contraintes liées à la transition énergétique européenne, l’UE pourrait soutenir les infrastructures stratégiques afin de renforcer la résilience de son système énergétique. Dans ce cadre, l’Algérie est appelée à jouer un rôle croissant dans l’approvisionnement gazier européen, tout en conciliant exportations et besoins énergétiques internes.
R.E
