La crise diplomatique entre l’Algérie et la France qui dure depuis juillet 2024 a-t-elle atteint un seuil de non-retour ?
Malgré des signaux positifs de part et d’autre, la situation reste figée et semble même se crisper. Selon l’historien Benjamin Stora, la réconciliation demeure un horizon lointain.
«Il y a en Algérie un sentiment anti-français, nationaliste, très fort, avec lequel le président Tebboune doit composer. Tout comme en France, nous avons une partie de la classe politique à droite et à l’extrême droite, qui n’admet pas la fin de l’Algérie française», soulignait récemment l’historien au journal Le Monde «Ces tensions ont toujours existé. Mais elles atteignent cette année un seuil critique, provoquant pour la première fois une crise diplomatique très grave. La reprise du dialogue est inévitable, ne serait-ce que pour la communauté algérienne de France, qui représente près de trois millions de personnes. Mais cette accumulation de tensions va laisser des traces», conclut-il.
Plusieurs délégations d’officiels et d’élus français se sont rendues en Algérie, notamment en mai dernier, pour commémorer les massacres du 8 mai 1945, marquant un geste de reconnaissance des crimes coloniaux malgré des tensions diplomatiques, tandis qu’en avril, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot y était également pour tenter de renouer le dialogue après une crise diplomatique.
Ces visites, impliquant des députés de gauche et du centre, visaient à apaiser les relations tendues et à travailler sur la mémoire historique entre les deux pays. En mai dernier, une délégation d’élus français s’est rendue en Algérie dans le but d’apaiser une crise diplomatique majeure débutée en 2024, notamment après le vote algérien sur la criminalisation de la colonisation. Une autre délégation comprenant des officiels a atterri à mi-décembre à Alger dans la plus grande discrétion.
Depuis la reprise en main au mois de septembre par le président Macron et affirme vouloir privilégier la négociation avec Alger, une reprise timide a été constatée mais sans aucune avancée significative. Et en décembre, il annonçait depuis Johannesburg où il assistait au premier sommet du G20 son désir de reprendre langue avec le président Tebboune.
«Je veux bâtir une relation d’avenir qui soit apaisé». Le président français expliquait avoir mis en place un nouveau «processus» pour relancer la machine diplomatique, à l’arrêt depuis des mois. «Je constate qu’on a déjà eu des premiers résultats. La libération de Boualem Sansal est un premier résultat dont il faut se féliciter», disait-il.
Des discussions en cours
Lui emboitant le pas, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez a révélé la semaine dernière dans un entretien accordé au Journal du dimanche (JDD) que des «discussions sont en cours avec les autorités sur un certain nombre de dossiers».
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, espère toujours entamer une visite en Algérie. Un ancien haut responsable algérien a confirmé à TRT Français, sous couvert d’anonymat, la volonté de tourner la page des deux côtés de la Méditerranée. «La visite de M. Nuñez à Alger est une opportunité qu’il convient de saluer, mais qui doit être appréhendée avec une clarté absolue. L’Algérie aborde cette volonté de renouer le dialogue avec un principe intangible : toute coopération, notamment dans le domaine sensible du renseignement, ne saurait être fructueuse sans le respect strict de notre souveraineté nationale et une reconnaissance mutuelle de nos intérêts stratégiques». Puis silence radio ! La visite qui devait avoir lieu cette année a été reportée sine die. La tension est-elle revenue à son point de départ ?
Pas de test de langue pour les Algériens
Une autre éclaircie est venue, hier, de la France. Alors qu’un décret n°2025-647 du 15 juillet 2025 durcit les conditions de délivrance d’une première carte de séjour pluriannuelle et d’une première carte de résident pour toutes les demandes déposées depuis le 1er janvier 2026, devait englober tous les étrangers y compris les Algériens, le ministère de l’Intérieur français a dispensé ces derniers de cette condition.
Selon cette loi, «les étrangers qui demanderont une carte de résident devront avoir atteint le niveau de langue B1 et avoir réussi à un examen civique. Sont dispensés des exigences de niveau de langue et de l’examen civique les ressortissants algériens, les ressortissants étrangers âgés de plus de 65 ans et les ressortissants étrangers justifiant d’un aménagement ou d’une dispense pour raison médicale» est-il écrit.
Selon ce décret, les étrangers qui demanderont une carte de séjour pluriannuelle devront avoir atteint le niveau de langue A2 et avoir réussi à un examen civique. Les étrangers qui demanderont une carte de résident devront avoir atteint le niveau de langue B1 et avoir réussi à un examen civique.
Mahmoud Tadjer
