Décidément, l’Algérie revient régulièrement au cœur du débat politique français, notamment après les récentes déclarations de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, concernant le nombre de visas susceptibles d’être délivrés aux Algériens à l’avenir.
La politique française en matière de visas pour les Algériens repose officiellement sur l’examen individuel des dossiers, sans quota chiffré annoncé. Toutefois, elle s’accompagne d’une baisse globale récente du nombre de visas délivrés et d’un taux de refus élevé.
Le gouvernement français a confirmé une diminution des visas accordés aux Algériens entre 2024 et 2025. Les refus de visas Schengen pour les Algériens atteignent des niveaux importants, avoisinant les 31%, soit environ le double de la moyenne mondiale.
Les déclarations d’officiels ou de diplomates évoquant un assouplissement ou une éventuelle augmentation des flux de visas suscitent régulièrement de vives réactions politiques, notamment de la part de l’opposition.
La question des visas entre la France et l’Algérie continue d’alimenter les débats dans la capitale française, particulièrement dans les rangs de la droite, qui critique régulièrement la politique du gouvernement sur ce dossier.
Le président Emmanuel Macron est intervenu publiquement depuis l’Élysée pour rappeler la position de la France après la polémique provoquée par les déclarations de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, qui avait évoqué l’hypothèse d’un retour à environ 250 000 visas délivrés annuellement.
Cette perspective a immédiatement suscité des réactions au sein de l’opposition, certains responsables dénonçant ce qu’ils considèrent comme un éventuel assouplissement de la politique migratoire française.
Barrot défend une approche «sans quotas»
Interpellé le 21 juillet dernier par le député du Rassemblement national, Olivier Fayssat, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a défendu la ligne du gouvernement.
Il a assuré que la politique française en matière de visas «ne repose ni sur des quotas ni sur un objectif chiffré, mais sur l’évolution des relations entre les deux pays».
«Depuis que la crise a éclaté avec Alger, les délivrances de visas ont baissé de 20% l’année dernière par rapport à l’année précédente, principalement en raison de la restriction de notre réseau diplomatique décidée par le gouvernement algérien. Depuis, nous avons engagé une nouvelle dynamique avec les autorités algériennes, dans l’intérêt de la France et des Français, puisque nous avons des intérêts à défendre en matière migratoire, de sécurité, de lutte contre le narcotrafic ou encore contre le terrorisme», a déclaré le ministre.
Un réengagement conditionné avec Alger
Jean-Noël Barrot a également insisté sur l’absence de toute logique des quotas :
«Il n’y a aucun objectif chiffré. Notre politique ne répond ni à une logique de volume ni à une logique de quotas, mais simplement à l’appréciation de la défense de nos intérêts. Le réengagement avec l’Algérie est progressif, réversible et conditionné aux résultats que nous obtiendrons.»
Pour ce qui est des critiques du Rassemblement national, il dira qu’«il y a une différence majeure entre vous et nous : vous êtes obsédés par l’Algérie, nous sommes obsédés par la France. Vous êtes obsédés par les Algériens, nous sommes obsédés par les Français et leurs intérêts». Selon lui, la relation avec Alger doit rester guidée par
«l’intérêt de la France et des Français».
Barrot a indiqué que le nombre de visas accordés aux Algériens a reculé de 20% en 2025. En 2024, la France avait délivré un peu plus de 250 000 visas aux ressortissants algériens. Une baisse de 20% correspondrait donc à environ 200 000 visas délivrés en 2025.
Le ministre a également réaffirmé que Paris ne poursuivait aucun objectif chiffré en la matière. Selon lui, la délivrance des visas aux ressortissants algériens «reste directement liée aux relations diplomatiques entre Paris et Alger».
«Nous n’avons jamais eu d’objectif chiffré. Notre politique ne répond à aucune logique de volume ou de quotas, mais à l’appréciation de nos intérêts et à l’évolution de la relation bilatérale», a-t-il déclaré.
Un dossier toujours sensible
Ces déclarations interviennent alors que les relations entre les deux capitales connaissent un relatif apaisement depuis le retour de l’ambassadeur de France à Alger au mois de mai dernier.
Toutefois, la volonté affichée par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères de détendre le climat consulaire en Algérie s’est heurtée aux tensions politiques à Paris.
La révélation d’un éventuel objectif de retour à 250 000 visas annuels a provoqué un vif débat à l’Assemblée nationale française. Des secteurs de l’opposition de centre droit et de droite y ont vu un signe de
«faiblesse migratoire» face au président Abdelmadjid Tebboune.
Hocine Adryen
