Pas moins de 25 cadres et fonctionnaires sont poursuivis dans ce dossier aux multiples ramifications, qui devront répondre de lourdes accusations
Par Redouane Hannachi
Le pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed examinera, le 3 novembre prochain, l’affaire dite «Imetal», du nom du groupe public opérant dans les industries métallurgiques et sidérurgiques. Ce conglomérat, qui regroupe plusieurs filiales stratégiques, est au cœur d’un vaste scandale de corruption qui a profondément ébranlé l’un des secteurs industriels les plus importants du pays. Pas moins de 25 cadres et fonctionnaires sont poursuivis dans ce dossier aux multiples ramifications. Ils devront répondre de lourdes accusations : détournement de fonds publics, irrégularités de gestion financière, octroi de marchés en violation de la réglementation, contrats conclus avec des entités non agréées, mais aussi atteintes aux installations sensibles du complexe sidérurgique d’El Hadjar et arrêts injustifiés de la production, à l’origine de pertes financières colossales pour le Trésor public.
Un vaste réseau de corruption
Selon le dossier d’instruction, les faits reprochés aux mis en cause révèlent un système de corruption structuré impliquant plusieurs filiales du groupe. Les enquêtes ont mis en évidence des pratiques frauduleuses dans les achats de déchets ferreux et non ferreux, l’importation de charbon, mais aussi dans la location de matériel industriel, de bus et de camions, souvent à des prix gonflés ou au profit d’entreprises-écrans. Les prévenus sont également poursuivis pour blanchiment d’argent, abus de fonction, octroi d’avantages indus lors de la signature de contrats publics, ainsi que dissimulation de l’origine de biens et de revenus criminels. D’après les conclusions du juge d’instruction, ces pratiques ont conduit à un véritable pillage des ressources financières et matérielles du complexe d’El Hadjar et de la Société nationale de récupération.
L’origine du scandale
L’affaire a éclaté à la suite d’un rapport interne accablant, transmis au parquet d’Alger. Ce document, fruit d’un audit approfondi, a révélé une série de dysfonctionnements graves et de malversations au sein du groupe Imetal. Il a servi de base au déclenchement d’une enquête menée par la brigade centrale de lutte contre la criminalité économique et financière. Les investigations ont alors mis au jour un plan organisé de sabotage économique, impliquant des réseaux d’intérêts mafieux opérant autour de grandes entreprises publiques. Les enquêteurs ont découvert des détournements massifs de fonds, des attributions frauduleuses de marchés, et l’existence de connexions avec des intermédiaires étrangers servant de relais dans les opérations de blanchiment.
Poursuites en cascade
L’un des épisodes marquants de cette affaire reste le décès en juillet dernier de l’ex-PDG du groupe Imetal, qui se trouvait en détention provisoire depuis mars 2023. Sa disparition en plein cœur de la procédure a suscité une onde de choc au sein du secteur industriel. Cinq autres hauts responsables, dont le PDG du groupe Sider, figurent parmi les principaux accusés. Au total, 17 responsables sont directement poursuivis, rejoints par huit autres complices soupçonnés d’avoir formé un réseau structuré de corruption, fondé sur le chantage, la pression sur des opérateurs économiques et la manipulation de marchés publics. Des documents saisis par les enquêteurs attestent de transactions opaques impliquant des partenaires étrangers et des sociétés-écrans basées à l’étranger.
Un fleuron industriel en déclin
Les syndicats du groupe Imetal et du complexe d’El Hadjar n’ont cessé, depuis des années, d’alerter sur les dérives managériales et les abus de pouvoir à répétition. Ces dysfonctionnements ont entraîné la perte de milliers d’emplois et la chute vertigineuse de la production, qui a reculé de près d’un tiers. Jadis symbole de la puissance industrielle algérienne, El Hadjar est devenu l’illustration d’une gestion défaillante et d’une corruption endémique. Le préjudice global causé au Trésor public est estimé à plusieurs milliards de dinars.
Un procès très attendu
Initialement prévu durant l’été, le procès avait été reporté à la demande des avocats de la défense, qui ont sollicité un délai pour examiner l’ensemble des pièces du dossier. Le juge d’instruction avait en effet transmis un volumineux dossier, comprenant des centaines de documents comptables et contractuels. L’audience du 3 novembre s’annonce donc décisive. Elle devrait lever le voile sur de nouvelles révélations concernant les pratiques illégales qui ont gangrené la gestion d’Imetal, et peut-être dévoiler l’ampleur des connexions extérieures de ce vaste réseau de corruption, qui n’a pas encore livré tous ses secrets.
R.H.
