Le président du pôle pénal, économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed statuera lundi prochain sur l’affaire Imetal.
Par Redouane Hannachi
Initialement prévu plus tôt, le procès avait été reporté à la demande des avocats, qui avaient sollicité un délai supplémentaire pour examiner l’ensemble des pièces matérielles du dossier. Le magistrat a toutefois averti qu’aucun autre renvoi ne serait accordé : le procès se tiendra le 24 novembre, quelles que soient les circonstances. Imetal, groupe public spécialisé dans les industries métallurgiques, sidérurgiques et métalliques, compte treize filiales. L’affaire est déjà qualifiée de scandale majeur, touchant l’un des secteurs industriels les plus stratégiques du pays. Vingt-cinq cadres et fonctionnaires sont impliqués. Ils devront répondre de lourdes accusations, parmi lesquelles : détournement de fonds publics, irrégularités dans la gestion financière, passation de marchés en violation de la réglementation, contrats illicites avec des tiers, atteintes aux installations sensibles du complexe d’El Hadjar, ainsi qu’arrêts répétés de la production ayant engendré d’importantes pertes financières. À ces griefs s’ajoutent des poursuites pour blanchiment d’argent, perception de revenus issus d’activités criminelles, octroi d’avantages indus lors de la signature de contrats publics, abus de fonction et dissimulation de l’origine de biens.
Selon les conclusions de l’instruction, les filiales du complexe d’El Hadjar ont fait l’objet d’un véritable pillage. Les enquêteurs évoquent des irrégularités dans l’achat de déchets ferreux et non ferreux, l’importation de charbon, ainsi que des transactions douteuses liées à la location d’équipements, d’autobus et de camions. L’affaire a éclaté à la suite d’un rapport détaillé transmis au parquet, révélant de graves faits de corruption et de malversations au sein du groupe, notamment au complexe d’El Hadjar et à la Société nationale de récupération. La brigade centrale de lutte contre la criminalité économique et financière a alors ouvert une enquête qui a mis en lumière un vaste plan de déstabilisation des grandes entreprises économiques, l’existence de réseaux mafieux opérant autour des sociétés publiques, des détournements de fonds massifs et des attributions frauduleuses de marchés. L’enquête a également dévoilé d’autres dépassements impliquant de nouveaux cadres et responsables du groupe.
Dérives de gestion
Il est à rappeler que l’ancien PDG d’Imetal, placé en détention provisoire en mars 2023, est décédé en prison en juillet dernier. Cinq autres hauts responsables, dont le PDG du groupe Sider, sont concernés par la procédure. Au total, dix-sept individus, rejoints par huit complices, sont accusés d’avoir constitué un réseau spécialisé dans le chantage et la pression pour s’approprier des marchés publics. Des documents saisis mettent au jour des transactions opaques impliquant des intermédiaires étrangers.
Depuis des années, les syndicats d’El Hadjar et d’Imetal dénoncent les dérives de gestion qui ont entraîné la perte de milliers d’emplois et de milliards de dinars. Jadis fleuron de l’industrie nationale, le complexe d’El Hadjar a vu sa production chuter d’un tiers en raison de ces malversations, occasionnant un préjudice considérable au Trésor public. Le procès, initialement programmé durant l’été, promet de nouvelles révélations sur les pratiques illégales de corruption et pourrait connaître plusieurs rebondissements. Renvoyé à la demande des avocats, il doit permettre à ces derniers d’examiner minutieusement les éléments sur lesquels se fonde la poursuite engagée par le juge d’instruction.
Par ailleurs, la chambre d’accusation a confirmé l’ensemble des ordonnances émises par le magistrat instructeur, rejetant les demandes d’annulation des mandats de dépôt introduites par les avocats de la défense.
R. H.
