Soixante-dix ans après sa tenue, le congrès de la Soummam continue d’être considéré comme une étape décisive dans l’histoire de la Révolution de libération nationale. Universitaires et moudjahidine soulignent son rôle dans la structuration de la lutte armée, la coordination des forces révolutionnaires et l’élargissement de l’action du FLN à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
Le congrès de la Soummam, tenu le 20 août 1956 en plein maquis de la Wilaya III historique, est intervenu alors que les dirigeants du Front de libération nationale (FLN) avaient estimé nécessaire de donner un nouveau cadre à la Révolution déclenchée le 1er novembre 1954.
Pour le professeur Settar Ouatmani, enseignant d’histoire à l’Université Abderrahmane-Mira de Béjaïa, les responsables du FLN avaient compris, dès 1956, que le moment était venu de réunir les différents responsables de la Révolution afin de répondre aux questions liées à son organisation et à son développement.
Le congrès a notamment permis d’aborder l’organisation politico-militaire, l’élargissement de l’activité révolutionnaire sur le territoire national et à l’étranger ainsi que les modalités de direction de la Révolution.
Les décisions adoptées lors de ces assises ont donné un nouvel élan à la lutte sur les plans politique et militaire, estime l’universitaire.
Une réunion au cœur du maquis
L’une des particularités du congrès de la Soummam réside également dans les conditions de sa tenue. Il s’agit, selon le Pr Ouatmani, du seul congrès organisé par le FLN à l’intérieur du pays, en plein maquis et alors que la guerre faisait rage.
Réunir les responsables des différentes zones et parvenir à organiser plusieurs jours de travaux dans ces conditions constituait un défi considérable pour les dirigeants de la Révolution.
Cette capacité à rassembler les responsables de la lutte armée a contribué à renforcer la coordination entre les différentes composantes de la Révolution et à donner davantage de cohérence à son action.
Le congrès de la Soummam est progressivement devenu une référence dans le fonctionnement des instances de la Révolution. Le Pr Ouatmani souligne que ses idées sont régulièrement évoquées dans les procès-verbaux du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), témoignant de l’influence durable de ses décisions sur les structures dirigeantes du FLN.
Pour l’universitaire, la transmission de cet héritage aux nouvelles générations doit également reposer sur un travail pédagogique mené par les spécialistes de l’histoire. Il estime que ces derniers sont les mieux placés pour expliquer la portée du congrès à travers des formulations accessibles et des exemples adaptés.
Une lutte
«institutionnalisée»
Le professeur Mustapha Saadaoui, de l’Université Akli-Mohand-Oulhadj de Bouira, met, pour sa part, l’accent sur la dimension institutionnelle du congrès.
Selon lui, les assises de la Soummam ont «institutionnalisé» la Révolution en mettant en place des structures importantes, notamment le Comité de coordination et d’exécution (CCE) et le CNRA.
L’objectif était alors de réunir les conditions nécessaires à la poursuite de la lutte dans la durée, à travers une organisation capable d’encadrer et de coordonner l’action révolutionnaire.
Le congrès représente ainsi, à ses yeux, bien davantage qu’une simple étape organisationnelle. Il est devenu un véritable
«paradigme» pour les Algériens.
Du côté des anciens combattants, le moudjahid Challal Kaci, secrétaire de wilaya de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) de Béjaïa, souligne que les résolutions du congrès ont contribué à définir les rôles et les missions des responsables de la Révolution dans les maquis.
Une organisation a également été mise en place à différents niveaux, notamment dans les régions, les zones et les secteurs, à travers le territoire national.
Cette restructuration a renforcé, selon lui, les capacités opérationnelles de l’Armée de libération nationale (ALN) et sa force de frappe face aux forces coloniales.
Pour cet ancien membre de l’ALN, le congrès de la Soummam a ainsi tracé la voie pour la poursuite de la lutte armée jusqu’au recouvrement de l’indépendance nationale.
Les fondements de l’État algérien moderne
Dans son ouvrage «Chroniques des années de guerre en Wilaya III (Kabylie) 1956-1962 : récits de guerre», l’ancien officier de l’ALN Djoudi Attoumi, aujourd’hui décédé, avait également insisté sur la portée du congrès de la Soummam.
Il y présente l’événement comme une étape ayant permis de rassembler et d’organiser les forces de la Révolution dans un cadre destiné à contribuer à la disparition du système colonial.
Selon cette analyse, le congrès a contribué à unifier les rangs et à renforcer l’organisation générale de la lutte. Il a également posé, selon l’auteur, des bases qui allaient participer à la construction de l’État algérien moderne après l’indépendance.
Soixante-dix ans après, le congrès de la Soummam demeure ainsi au cœur de la mémoire de la Révolution, à la fois comme moment de restructuration de la lutte, étape d’institutionnalisation du FLN et référence majeure dans l’histoire de la construction politique et militaire du mouvement de libération nationale.
- N. /APS
