Il faut reconnaître un talent rare à certains dirigeants de l’ex-MSP : celui de réussir à se présenter en saints républicains après avoir passé vingt ans à jouer les apprentis pyromanes politiques. Une performance artistique, presque acrobatique.
On appelle ça le caméléonisme institutionnel, une discipline dans laquelle ils excellent : un discours pour le public, un autre pour les coulisses, et un troisième pour sauver leurs carrières quand le vent tourne.
Commençons par leur épisode préféré, celui qu’ils aimeraient voir effacé des archives : l’ouverture des mandats. À l’époque, ils ne défendaient pas la Constitution, non. Ils la pliaient, la tordaient, la roulaient sous le bras pour prolonger un règne qu’eux-mêmes savaient déjà à bout de souffle. Aujourd’hui, ils jurent qu’ils étaient “mal compris”. Bien sûr. Comme toujours, ils n’ont jamais rien fait : c’est la faute des circonstances, du contexte, peut-être même des astres.
Puis vint 2019. Ah, ce grand saut du navire – un classique ! Dès que la rue gronde, hop, disparition magique, comme par hasard. Pas par courage, ni conviction : juste une envie soudaine de mettre l’histoire en mode avion. Mais l’art de la survie n’a pas de limite, et les voilà réapparaissant dans les institutions par des ascenseurs politiques dignes d’un roman policier.
Leur nouvelle passion ? La “sacralité de la Constitution”. Une révélation tardive, manifestement survenue après des années à la considérer comme un dépliant publicitaire. Les voir jouer les professeurs de droit ferait presque sourire, si l’amnésie n’était pas si grossière. Eux, gardiens du texte ? Comme si un incendiaire devenait du jour au lendemain inspecteur des pompiers.
On se souvient pourtant très bien de leur génie politique de 2018 : proposer carrément de reporter la présidentielle. Pourquoi respecter le calendrier quand on peut offrir un bonus-mandat à un président absent ? Un chef-d’œuvre de logique, que même la Constitution n’avait pas vu venir.
Et puisqu’on parle de créativité, comment oublier les rendez-vous secrets Makri-Saïd Bouteflika en plein Hirak ? Pendant que des millions criaient “dégage”, eux chuchotaient dans un salon feutré pour voir s’il restait une chaise libre dans le système. Diplomatie de haute voltige ou simple recherche d’emploi ? Le mystère reste entier.
Quant au fameux “nouveau visage” du parti, il ressemble surtout à un relooking raté : mêmes pratiques, nouveaux slogans. On repeint la façade, mais la plomberie politique reste identique.
Aujourd’hui, ils tentent même de se glisser dans les institutions pour jouer les sages de la République. Le problème ? On ne s’autoproclame pas conscience nationale comme on s’attribue un siège généreusement offert.
Le résultat : un spectacle permanent où ceux qui ont participé au naufrage se présentent désormais en maîtres nageurs. L’Algérie n’a pas besoin de leur indignation recyclée : elle a besoin qu’ils arrêtent de jouer les héros d’une histoire qu’ils ont largement contribué à abîmer.
Samir Méhalla
