L’Algérie a lancé AADL3 pour répondre à la demande de logements. Mais face au dérèglement climatique, l’enjeu dépasse la quantité : il s’agit désormais de protéger les habitants. Alors que les canicules, inondations et vagues de chaleur redessinent nos villes, le programme manque encore d’une véritable stratégie d’ « habitat protecteur». Un retard que le ministère de l’Habitat doit corriger de toute urgence.
Par S. Méhalla
AADL3 marque une nouvelle phase dans l’effort national de construction. Le pays bâtit, avance, distribue, organise. Mais dans un climat bouleversé, la question du siècle demeure : que vaut un logement qui abrite… mais ne protège pas ? Les annonces officielles ont insisté sur la mobilisation foncière, les procédures accélérées, les mécanismes d’inscription. Tout cela est indispensable. Pourtant, le cœur du défi n’est pas là. AADL3, tel qu’il est présenté aujourd’hui, reste un programme du XXᵉ siècle dans un monde du XXIᵉ, où chaque habitat doit devenir un rempart face aux extrêmes climatiques. Les températures dépassent désormais les seuils physiologiques dans plusieurs wilayas, les épisodes de pluie deviennent plus brutaux, l’air se charge de poussières, les villes produisent leur propre chaleur. C’est une nouvelle réalité physique, non négociable. Et un logement construit sans anticiper cette réalité peut devenir, très vite, une source de vulnérabilité plutôt qu’un espace de sécurité. C’est précisément là que les pouvoirs publics doivent se ressaisir. L’esprit du «retour de l’habitat protecteur» – porté par les scientifiques, les urbanistes et les architectes – impose une transformation profonde : ne plus considérer l’habitat comme une enveloppe mais comme un dispositif de protection. Or AADL3 se concentre encore sur la livraison rapide. Pas assez sur la résilience thermique. Pas assez sur la ventilation, l’orientation, les matériaux, l’inertie, la lutte contre les «bouilloires urbaines». Pas assez sur les espaces verts, pourtant essentiels pour absorber la chaleur et créer des îlots de fraîcheur. Ce n’est pas une critique, mais un appel. Le programme a une ampleur telle qu’il peut devenir le laboratoire national de l’habitat protecteur. Un levier de modernisation massif, populaire et tangible. Pour cela, le ministère de l’Habitat devra ajuster ses cahiers des charges, imposer des standards climatiques, introduire des solutions passives, penser les quartiers comme des écosystèmes protecteurs, et non comme de simples alignements de blocs. L’Algérie construit beaucoup. Il reste maintenant à construire autrement. Pour que les logements AADL ne soient pas seulement des toits distribués, mais de véritables refuges face au climat de demain. Un changement indispensable, urgent, et à portée de main – pour peu que la volonté suive.
S.M.
Plus de 911 000 souscripteurs acceptés
Le directeur général de l’Agence nationale pour l’amélioration et le développement du logement (AADL) a révélé, hier, le nombre de souscripteurs acceptés dans le programme AADL 3. Riad Kamdani a déclaré, en marge du lancement de la réalisation de 1 600 logements au titre d’AADL 3 à Ouargla, que tous les moyens logistiques ont été mobilisés pour étudier l’ensemble des demandes des souscripteurs. Le directeur général de l’Agence a indiqué que 1 281 717 dossiers ont été traités parmi ceux qui ont activé leur compte et actualisé leur dossier, et que 911 908 souscripteurs ont été acceptés dans le programme AADL 3.
