Plusieurs partis dénoncent une exclusion massive de candidats, tandis que les autorités expliquent ces rejets par la nécessité de protéger l’intégrité du scrutin et de lutter contre l’argent illicite en politique.
À quelques semaines des élections législatives prévues le 2 juillet, le rejet d’un nombre important de dossiers de candidatures continue de susciter de vives réactions au sein de la classe politique. Ces décisions d’exclusion, qui concernent aussi bien des partis de l’opposition que des formations de la majorité et des listes indépendantes, relancent le débat sur les conditions d’éligibilité, les garanties constitutionnelles accordées aux candidats et l’application de certaines dispositions de la loi électorale.
Au cœur de la controverse, figure notamment l’article 200 de la loi organique relative au régime électoral. Plusieurs partis estiment que son application a conduit à une exclusion massive de candidats, tandis que les autorités mettent en avant la nécessité de préserver l’intégrité du scrutin et de lutter contre l’influence de l’argent illicite sur la vie politique.
Le PT appelle à l’intervention du Président
Le Parti des travailleurs (PT) a demandé au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, d’intervenir en sa qualité de garant de la Constitution afin de suspendre l’application de l’article 200 ainsi que des articles 1 et 206 de la loi électorale.
Dans un communiqué, le parti dénonce ce qu’il qualifie «d’hécatombe électorale» et affirme que plusieurs de ses candidats ont été exclus sur la base d’enquêtes administratives dont il conteste la transparence et les fondements juridiques. Selon le PT, certains candidats écartés ont bénéficié d’acquittements judiciaires ou ont recouvré leurs droits civiques, sans que cela n’ait empêché le rejet de leurs dossiers.
Le parti estime que les motifs invoqués, tels que «l’atteinte à l’éthique de la vie politique», des «comportements connus de l’opinion publique» ou encore des «liens avec des milieux financiers suspects», demeurent imprécis et ne reposent pas sur des décisions judiciaires définitives.
Tout en poursuivant les recours prévus par la loi, le PT considère que la question dépasse le cadre juridique et relève désormais d’un enjeu politique susceptible d’affecter la crédibilité du scrutin.
Des inquiétudes partagées par plusieurs formations
Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a également exprimé ses réserves face à l’exclusion de certains candidats qu’il présente comme des personnalités reconnues pour leurs compétences et leur intégrité. Le parti estime que certaines décisions semblent davantage fondées sur des appréciations administratives que sur des jugements judiciaires définitifs.
De son côté, Jil Jadid a protesté contre le rejet de plusieurs candidatures en Algérie et à l’étranger, qualifiant ces décisions d’injustifiées et dénonçant l’absence de preuves étayant certaines accusations avancées contre les candidats concernés.
Le FFS évoque d’éventuelles décisions politiques
Le Front des forces socialistes (FFS) a dénoncé ce qu’il qualifie de politique d’exclusion systématique visant ses candidats dans plusieurs circonscriptions électorales, tant en Algérie qu’au sein de la communauté nationale à l’étranger.
Il affirme que ses militants ont rencontré de nombreuses difficultés administratives lors de la collecte des signatures et considère que les articles 1 et 200 de la loi électorale sont appliqués de manière excessive.
Dans un communiqué, le FFS a indiqué qu’il se réservait le droit de prendre «les décisions politiques qui s’imposent» au moment opportun. Sans préciser la nature de ces mesures, cette déclaration alimente les spéculations sur un éventuel retrait partiel ou total de la compétition électorale ou une intensification de la contestation politique et juridique.
Le FFS affirme que les rejets prononcés sont contraires à la Constitution et appelle à la révision des décisions d’exclusion ainsi qu’à la réhabilitation des candidats concernés dans leurs droits politiques et civiques.
Les partis de la majorité également touchés
Les exclusions ne concernent pas uniquement les partis de l’opposition. Dans la wilaya de Sétif, des candidats du Front de libération nationale (FLN), du Rassemblement national démocratique (RND) et du Front El Moustakbal auraient également vu leurs candidatures rejetées.
Cette situation tend à démontrer que les décisions prises dans le cadre de l’examen des dossiers de candidature affectent un large éventail de formations politiques, renforçant les interrogations sur les critères appliqués et leur interprétation.
Mise en garde contre les exclusions
Dans ce contexte, le député représentant la communauté algérienne établie en France, Abdellahouab Yagoubi, a appelé au respect strict des principes de l’État de droit et des garanties constitutionnelles encadrant le processus électoral.
Le parlementaire a mis en garde contre le recours à des «soupçons non établis par des décisions judiciaires définitives» pour justifier l’exclusion de candidats. Selon lui, se porter candidat constitue un droit politique fondamental consacré par la Constitution et les engagements internationaux du pays, notamment l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Pour le député, l’utilisation d’appréciations administratives non confirmées par la justice soulève des questions quant au respect de la présomption d’innocence et pourrait accorder à l’administration une marge d’interprétation susceptible d’empiéter sur les prérogatives du pouvoir judiciaire.
Un débat centré sur l’article 200
L’essentiel des critiques se concentre désormais sur l’article 200, dont le septième alinéa stipule qu’un candidat ne doit pas être «connu du public pour ses liens avec des milieux financiers ou d’affaires suspects», ni avoir influencé le libre choix des électeurs ou le déroulement du processus électoral.
I. Khermane
