L’Algérie apparaît comme l’un des rares pays capables de jouer un rôle stabilisateur pour l’Europe.
L’Espagne et l’Algérie ont définitivement scellé leur réconciliation, après la crise diplomatique déclenchée en 2022.
Après plus de trois ans de tensions provoquées par le changement de position du gouvernement de Pedro Sánchez sur le Sahara occidental, en soutenant le plan de souveraineté marocain pour l’ex-colonie espagnole, les deux pays ont choisi de clore la crise et de privilégier des intérêts stratégiques communs, notamment dans le domaine énergétique.
A l’occasion de la visite, jeudi dernier, du ministre espagnole des Affaires étrangères, José Manuel Albares, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lui fait part de sa décision de réactiver le traité d’amitié entre les deux pays, suspendu depuis quatre ans. Cette rencontre a également permis de s’engager à renforcer leur coopération énergétique, notamment en matière d’approvisionnement en gaz.
Dans une déclaration à l’issue de son audience avec le président de la République, José Manuel Albares a salué cette décision. Il a également annoncé l’accord entre les responsables des deux pays de relancer les visites officielles entre les membres des deux gouvernements. Qualifiant l’Algérie de
«partenaire stratégique et ami», le chef de la diplomatie espagnole a indiqué qu’il est aussi «un fournisseur fiable en énergie pour l’Espagne».
Relations avec l’Espagne : le dégel acté
L’Algérie et l’Espagne, rappelons-le, ont connu une grave crise diplomatique qui a commencé en mars 2022. Elle faisait suite au changement de position de Madrid sur la question du Sahara occidental. L’Algérie avait annoncé la suspension du traité d’amitié entre les deux pays et le gel des relations commerciales entre les deux pays, à l’exception des approvisionnements de l’Espagne en gaz.
Conséquence, les exportations espagnoles vers l’Algérie se sont effondrées, passant de près de 3 milliards d’euros en 2019 à 332 millions en 2023. Aujourd’hui, la réactivation du traité traduit une volonté commune de tourner la page des tensions. La présidence de la République souligne que les relations bilatérales connaissent actuellement une dynamique positive, marquée par une volonté de consolidation et de diversification des échanges. Le traité de 2002 prévoit, en effet, un renforcement du dialogue politique à tous les niveaux. Il ouvre également la voie à une coopération accrue dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’économie, les finances, l’éducation et la défense.
Incontournable gaz algérien
La situation au Moyen-Orient, susceptible d’entraîner des problèmes d’approvisionnement, a accéléré le rapprochement avec l’Algérie qui possède des quantités importantes de gaz. Dans ce contexte, l’Algérie a consolidé sa position de fournisseur énergétique majeur pour l’Europe en 2026, couvrant environ 12% des importations de l’UE. Face à la hausse de la demande et à la crise au Moyen-Orient, les exportations de gaz (GNL et gazoducs) vers l’Italie et l’Espagne ont bondi de plus de 20%, l’Algérie étant saluée comme un partenaire fiable.
D’ailleurs, le ministre espagnol s’est rendu en Algérie au lendemain d’une visite de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, qui a annoncé une coopération accrue avec Alger dans le gaz naturel afin «d’augmenter la fourniture de gaz algérien à l’Italie». Cela passera notamment par un renforcement du partenariat entre les compagnies pétrogazières des deux pays, Sonatrach et Eni.
Sécuriser les investissements
Malgré des tensions politiques bilatérales, notamment avec la France et l’Espagne, l’Algérie a toujours maintenu ses engagements contractuels, et ce, malgré la forte croissance de la consommation interne qui limite sa capacité à augmenter indéfiniment ses exportations. Par ailleurs, Sonatrach a annoncé un plan massif d’investissement de 60 milliards de dollars.
L’Algérie espère ainsi doubler sa production de gaz, qui passerait de 100 à 200 milliards de m3 à l’horizon 2030. Une situation qui renforce sa réputation de fiabilité. Reste que si pour l’Europe, l’Algérie est un fournisseur clé, pour Alger, l’enjeu est plus important, car il ne s’agit pas seulement de vendre davantage de gaz dans une période de crise mais de faire de cette séquence un levier de souveraineté économique.
Ce rapprochement énergétique avec l’Algérie pourrait soulager une partie de la demande du continent en gaz naturel, mais pour une augmentation considérable des approvisionnements, il est impératif pour les partenaires de l’Algérie d’engager d’importants investissements sur le marché énergétique algérien.
Face à l’accélération par l’Europe de sa sortie de la dépendance au carbone, il devient nécessaire de sécuriser les investissements d’hydrocarbures et éviter que cela ne soit des investissements de conjoncture.
S. Smati
