Alger et Minsk veulent changer d’échelle. Après la signature de contrats d’une valeur de 18 millions de dollars, les deux pays misent désormais sur la production conjointe, la localisation industrielle et l’accès aux marchés africains pour multiplier par dix leurs échanges commerciaux.
L’Algérie et la Biélorussie veulent changer de dimension dans leurs relations économiques. La feuille de route pour 2026-2027 prévoit de porter les échanges commerciaux à 500 millions de dollars, contre environ 50 millions en 2024. Pour Alger, l’enjeu dépasse, toutefois, la progression des importations et des exportations : il s’agit surtout de tirer parti du partenariat biélorusse pour renforcer la production nationale.
La visite en Algérie d’une importante délégation biélorusse, conduite par la présidente du Conseil de la République, Natalia Kotchanova, et le vice-Premier ministre Viktor Karankevitch, a permis de donner un contenu économique à cette nouvelle étape. Les responsables biélorusses ont été reçus par le président Abdelmadjid Tebboune, le président du Conseil de la nation, Azouz Nasri, et le Premier ministre, SifiGhrieb.
Au centre des échanges : l’application de la feuille de route intergouvernementale 2026-2027, adoptée dans le prolongement de la visite d’Alexandre Loukachenko en Algérie en décembre 2025.
18 millions de dollars de contrats
Un premier pas a été franchi avec la signature de contrats d’une valeur de 18 millions de dollars entre entreprises biélorusses et algériennes. Mais l’intérêt pour Alger réside surtout dans la perspective d’aller au-delà des simples opérations commerciales.
Plusieurs projets de production ou d’assemblage sont envisagés en Algérie, notamment dans les équipements agricoles et la construction mécanique. Ils concernent les tracteurs de forte puissance et à chenilles de MTZ, les véhicules de transport de passagers de MAZ ainsi que les équipements destinés au séchage des céréales.
Pour l’Algérie, ces projets peuvent répondre à plusieurs priorités : renforcer les capacités industrielles, réduire progressivement la dépendance aux importations de produits finis et développer un tissu de sous-traitance autour des nouvelles unités.
L’agriculture constitue,à ce titre, un terrain particulièrement important. La coopération dans les équipements agricoles et les solutions de stockage et de séchage des céréales peut accompagner les efforts engagés pour moderniser la mécanisation et améliorer les capacités de conservation de la production nationale.
Un partenariat orienté vers le transfert de technologie
L’agroalimentaire et la pharmacie figurent également parmi les secteurs susceptibles d’élargir la coopération.
Dans les produits alimentaires destinés aux enfants, les discussions portent sur une progression allant des importations vers le conditionnement puis, à terme, la production locale. Dans le médicament, le travail engagé sur la reconnaissance réciproque des certifications doit faciliter l’accès aux deux marchés.
Pour Alger, cette approche présente un intérêt particulier : faire du partenariat économique un vecteur de savoir-faire, de formation et de maîtrise technologique, plutôt qu’une simple relation fournisseur-client.
Quintuplé les échanges
Le passage d’environ 50 millions de dollars d’échanges en 2024 à un objectif de 500 millions constitue un changement d’échelle considérable.
La Biélorussie cherche à accroître ses ventes de machines, d’équipements agricoles, de produits alimentaires et d’engrais. L’Algérie peut, de son côté, élargir ses exportations vers ce marché, notamment dans les fruits et légumes, les dattes, les fruits secs, l’huile d’olive, la pierre naturelle et certains produits agricoles.
L’enjeu pour Alger est donc double : diversifier ses débouchés à l’export tout en diversifiant ses sources de technologie et de coopération industrielle.
Un projet tripartite associant l’Algérie, la Biélorussie et Oman dans le domaine des fertilisants ouvre, dans cette perspective, une piste supplémentaire pour développer des chaînes de valeur dépassant le cadre strictement bilatéral.
Alger, tête de pont vers l’Afrique
La dimension africaine constitue l’un des principaux intérêts stratégiques de cette coopération.
La Biélorussie voit dans l’Algérie une possible plateforme vers les marchés africains. Pour Alger, cette perspective peut également servir sa propre stratégie de développement des échanges avec le continent.
La combinaison des capacités industrielles et technologiques biélorusses avec les infrastructures, les réseaux commerciaux et la position géographique de l’Algérie pourrait ainsi favoriser l’émergence de projets destinés non seulement au marché algérien, mais également à certains marchés africains.
Cette logique est particulièrement pertinente dans les secteurs de la mécanisation agricole, de l’agroalimentaire, de l’élevage, des équipements industriels et des mines.
Des régions aux parlements
La coopération devrait enfin s’étendre aux collectivités locales et aux institutions parlementaires. Le développement de relations directes entre les régions biélorusses et les wilayas algériennes doit permettre de multiplier les projets économiques à l’échelle locale.
Un mémorandum de coopération entre le Conseil de la République de Biélorussie et le Conseil de la nation algérien est également en préparation.
Pour l’Algérie, le véritable enjeu de la feuille de route 2026-2027 ne réside donc pas dans le seul chiffre de 500 millions de dollars. Il est dans la nature des échanges qui permettront de l’atteindre : davantage de production locale, plus de technologie, des compétences renforcées et des débouchés supplémentaires en Afrique.
Synthèse Smail R.
