Les avocats de la défense de l’écrivain Mohamed Amine Belghit, condamné à trois ans de prison ferme, s’apprêtent à déposer cette semaine leur mémoire devant la juridiction compétente. Les juges d’appel ont confirmé l’amende de 500 000 dinars prononcée en première instance par le tribunal correctionnel de Dar El Beïda, tout en maintenant la préservation des droits du Trésor public, sans préciser le montant des dommages et intérêts. Lors de son réquisitoire, le procureur général a demandé une peine de sept ans de prison ferme et une amende équivalente, estimant que «toutes les preuves légales et matérielles sont réunies» pour établir la culpabilité de l’écrivain, notamment pour atteinte à l’unité nationale à travers la publication de propos jugés diffamatoires.
Un plaidoyer pour la relaxe
La défense, conduite par Me Amara Abdelhamid, a plaidé la relaxe pure et simple, soutenant que son client a été «victime d’un montage» et qu’aucune partie civile ne s’est constituée durant l’instruction. Les avocats ont également relevé plusieurs irrégularités de procédure, notamment la non-présentation du CD contenant l’enregistrement intégral de l’interview télévisée à l’origine des poursuites. Interrogé à la barre, Mohamed Amine Belghit a déclaré: «Je suis fier d’être Algérien. J’aime mon pays et je ne peux pas m’en passer. Le mot que j’ai employé a été mal interprété. Je visais les émigrés pieds-noirs, et non mes frères kabyles. Je demande pardon à ceux qui se sont sentis offensés.» Et d’ajouter : «Mon seul tort est de ne pas avoir demandé à visionner la vidéo avant sa diffusion.»
Dossier sensible
Rappelons que le tribunal correctionnel de Dar El Beïda avait condamné, le 3 juillet dernier, l’écrivain à cinq ans de prison ferme et à un million de dinars d’amende pour atteinte à l’unité nationale et aux symboles de l’État. Selon un communiqué du parquet, l’affaire fait suite à la diffusion sur les réseaux sociaux d’un extrait d’interview accordée à la chaîne Sky News Arabia, dans laquelle le mis en cause aurait déclaré que « l’amazighité serait un projet franco-sioniste».
Ces propos ont été considérés comme une atteinte à une composante essentielle de l’identité nationale, entraînant l’ouverture d’une enquête le 1er mai 2025 et son arrestation deux jours plus tard. Le parquet a retenu contre lui les chefs d’atteinte à l’unité nationale, atteinte aux symboles de la République et diffusion de discours de haine et de discrimination via les technologies de communication. La défense dénonce pour sa part une interprétation partielle et tronquée de la vidéo diffusée, estimant que son contenu a été censuré, rendant ainsi le message « ambigu et détaché de son contexte initial».
R.H.
