Le procès des anciens ministres de la Communication Djamel Kaouane et Hamid Grine sera examiné la semaine prochaine par la 10ᵉ chambre pénale de la cour d’Alger, présidée par Mme Dahmani Naïma.
Par Redouane Hannachi
Cette dernière aura pour mission de revoir le jugement rendu en première instance et, le cas échéant, de corriger les anomalies relevées dans la précédente décision. Le 7 novembre dernier, le président du pôle économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed a condamné Djamel Kaouane à huit ans de prison ferme, et Hamid Grine à quatre ans de prison ferme, dans le cadre du dossier de corruption dit «ANEP 2». L’ex-directeur général de l’ANEP, Amine Echikr, avait également été condamné à quatre ans de prison ferme. Des amendes avaient en outre été prononcées : 1 million de dinars contre Djamel Kaouane, 100 000 dinars contre Hamid Grine et 1 million de dinars contre l’ex-DG de l’ANEP, Amine Echikr.
Réquisitoire sévère du parquet
Lors du procès de première instance, le procureur de la République avait requis : 10 ans de prison ferme et une amende de 1 million de dinars contre Djamel Kaouane et Amine Echikr, 6 ans de prison ferme et la même amende contre Hamid Grine, 8 ans de prison ferme contre M. Chérif, ex-directeur de la communication et de la signalétique de l’ANEP, ainsi que contre B. Ammar, ancien directeur général de la filiale de messagerie express, et enfin des peines allant de 5 à 7 ans contre d’autres cadres de l’agence. Interrogé sur les accusations, Djamel Kaouane, ancien DG de l’ANEP entre 2015 et 2017, puis ministre de la Communication, a rejeté toutes les charges. Il a affirmé être victime de «graves allégations sans aucune preuve légale», qualifiant les accusations d’«interprétations».
Il a rappelé que l’ANEP est une institution à caractère commercial, estimant que les conventions publicitaires avaient été conclues dans le respect de la législation. À propos du contrat conclu avec le Métro d’Alger, il a insisté sur son caractère légal et sur la rentabilité de l’opération, conclue selon lui par «entente directe». Concernant les accusations de favoritisme, il a nié toute pratique systématique, affirmant que les espaces publicitaires étaient attribués selon les demandes des clients et que les droits étaient dûment documentés. Il a également réfuté l’idée d’un traitement préférentiel envers la société EURL Numidia. Sur la question de la villa d’El Biar, il a expliqué que le projet d’en faire une propriété de l’ANEP avait été envisagé mais restait en cours à son départ.
Les explications des autres prévenus
Amine Echikr, ex-PDG de l’ANEP, a affirmé avoir déclaré toute la part détenue par son épouse dans le journal Reporters, assurant qu’aucune augmentation suspecte de publicité ne lui avait été accordée. Il a toutefois évoqué «des recommandations de l’exécutif» dans certains choix de répartition. Hamid Grine, ministre de la Communication de 2014 à 2017, a nié l’ensemble des faits. Il a évoqué un ministère «théoriquement de tutelle », mais des décisions publicitaires souvent «arbitrées ailleurs». Il a reconnu avoir donné des orientations ponctuelles, «sans caractère obligatoire», et a insisté sur les directives de recouvrement des créances face à «plus de 200 milliards de centimes» d’impayés dans la presse. Les autres cadres impliqués ont également contesté les accusations de favoritisme et de dilapidation. Le responsable de la messagerie rapide a justifié la location de la villa d’El Biar par un projet de pôle dédié à la presse en ligne, finalement abandonné.
Un autre responsable a affirmé avoir relancé une structure inactive depuis 2003, évoquant des opérations « bénéficiaires », tandis que les magistrats lui opposaient des volumes publicitaires incohérents accordés à des titres à très faible tirage. Les avocats de la défense ont plaidé la relaxe pure et simple, soulignant l’absence de fondement des expertises techniques versées au dossier. Il est à noter que cinq cadres poursuivis pour complicité dans la dilapidation de deniers publics ont été acquittés en première instance.
R. H.
