Le procès en appel du général Ghali Belkecir, ancien commandant de la Gendarmerie nationale, se tiendra prochainement par défaut, alors que le mis en cause demeure activement recherché par Interpol en exécution d’un mandat d’arrêt international émis par la justice algérienne.
Par Redouane Hannachi
Le dossier, confié à la présidente de la chambre pénale spécialisée dans les affaires de malversations, abus d’autorité et transferts illicites de capitaux, englobe plusieurs accusations graves : trafic d’influence, enrichissement illicite, corruption et obtention d’indus avantages. Le général Belkecir est poursuivi aux côtés de son fils, Bahaeddine Rafik, pour des faits liés à de multiples dépassements impliquant des agents publics.
Dix ans de prison ferme pour le fils Belkecir
Le 27 janvier 2023, le tribunal de Sidi M’hamed, relevant de la cour d’Alger, avait condamné par défaut Bahaeddine Rafik Belkecir à dix ans de prison ferme assortis d’une amende d’un million de dinars. Le mandat d’arrêt international émis contre lui a été confirmé. Selon les conclusions de l’enquête, le fils du général aurait profité de l’influence de son père, alors en poste à la tête de la Gendarmerie nationale, pour obtenir des avantages fonciers et industriels. Il aurait également exercé des pressions sur des responsables locaux et bénéficié de largesses administratives en violation des lois sur les marchés publics.
L’implication de l’ex-wali d’Alger
L’affaire met également en cause l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, accusé d’avoir accordé des terrains et facilités administratives à plusieurs proches du général Belkecir et à d’autres personnalités influentes. Il aurait, selon l’enquête, favorisé l’octroi d’assiettes foncières à des promoteurs et des familles proches de hauts responsables, dont la fille de l’ancienne présidente de la cour de Tipasa, Fatiha Boukharsa, elle-même visée par un mandat d’arrêt international pour trafic d’influence, abus d’autorité et corruption. Lors de son audition en 2023, Abdelkader Zoukh avait déclaré: «J’appliquais à la lettre les directives que je recevais. L’ex-commandant m’appelait pour me demander de céder certains biens privés au profit de son fils.»
Une chaîne de complicités
Selon plusieurs témoignages recueillis au cours du procès, l’ex-présidente de la cour de Tipasa aurait exercé de fortes pressions sur des magistrats et procureurs de sa juridiction pour orienter certaines décisions judiciaires. Elle est accusée d’avoir favorisé des projets attribués à son fils dans les secteurs de l’habitat et de l’hydraulique, et d’avoir reçu en contrepartie des pots-de-vin. Le président du tribunal avait également condamné Habri Abdelkader et Omar Benabdellah à six ans de prison ferme et Hamina Youcef ainsi que Addou Djamel à quatre ans de prison ferme chacun, assortis d’une amende d’un million de dinars. L’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, avait pour sa part écopé de trois ans de prison ferme et d’une amende de 200 000 dinars. Le tribunal avait ordonné la confiscation des fonds et biens saisis des accusés ainsi que la condamnation des sociétés impliquées à verser 32 millions de dinars au Trésor public. Les chefs d’inculpation retenus portaient sur blanchiment d’argent, obtention d’indus avantages, incitation d’agents publics et infractions à la législation sur le change et le mouvement de capitaux.
Le procès Zoukh relancé
Cette affaire revient aujourd’hui devant la justice après que la Cour suprême a accepté le pourvoi en cassation introduit par le procureur général contre la précédente décision concernant l’ex-wali d’Alger. Zoukh devra ainsi comparaître à nouveau devant la chambre pénale de la cour d’appel d’Alger, autrement composée, pour répondre aux mêmes accusations. Lors des premières audiences, il avait affirmé avoir agi sur instructions hiérarchiques, invoquant les directives des anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, qu’il accuse de lui avoir ordonné de faciliter certaines démarches administratives au profit des proches du général Belkecir.
R.H.
