Le tribunal du pôle économique et financier de Sidi M’Hamed rendra aujourd’hui son verdict dans l’affaire de corruption dite «ANEP 2», impliquant plusieurs anciens responsables du secteur de la Communication.
Par Redouane Hannachi
Lors des réquisitions, le procureur de la République a demandé une peine de dix ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million de dinars contre Djamel Kaouane, ex-ministre de la Communication et ancien directeur général de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), ainsi que contre Amine Echikr, ex-PDG de cette même agence. Pour Hamid Grine, qui a dirigé le département de la Communication de 2014 à 2017, le parquet a requis six ans de prison ferme et la même amende. D’autres peines allant de cinq à huit ans ont été demandées contre plusieurs cadres de l’agence, notamment l’ex-directeur de la branche «communication et signalétique» et l’ancien directeur de la filiale de messagerie rapide.
Kaouane rejette les accusations
Appelé à la barre, Djamel Kaouane a déclaré être victime de «graves allégations sans fondement légal». Il a affirmé que l’ANEP, «entreprise à caractère commercial», n’était soumise à aucune réglementation spécifique encadrant la distribution de la publicité, ajoutant que tous les contrats conclus l’ont été «dans le respect de la législation nationale». Concernant la convention signée avec le Métro d’Alger, l’ex-ministre a précisé qu’il s’agissait d’un contrat de 14 stations conclu «par entente directe», qu’il juge «légal et rentable». Il a nié tout favoritisme dans l’attribution des espaces publicitaires, soulignant que les clients «choisissaient librement leurs supports».
À propos de la villa d’El Biar, il a expliqué qu’elle relevait du patrimoine du secteur postal privé et que son acquisition par l’ANEP était un projet en cours lorsqu’il a quitté ses fonctions.
Echikr et Grine se défendent à leur tour
Pour sa part, Amine Echikr, PDG de l’ANEP entre mai 2018 et avril 2019, a reconnu avoir informé le conseil d’administration que son épouse détenait 80 % du capital du journal Reporters, mais a nié tout traitement préférentiel, évoquant seulement des «rattrapages de paiements». Il a admis que certains critères de répartition de la publicité pouvaient être influencés par «des recommandations de l’exécutif et la ligne éditoriale» des journaux. Quant à Hamid Grine, il a rejeté toutes les accusations, précisant que son ministère n’avait qu’une «tutelle théorique», les arbitrages publicitaires étant «souvent décidés ailleurs», notamment «au niveau de la présidence». Il a justifié certaines interventions ponctuelles par la nécessité de recouvrer des impayés estimés à plus de 200 milliards de centimes, tout en assurant que ses recommandations « n’avaient aucun caractère impératif».
Les cadres contestent…
Les anciens cadres de l’ANEP poursuivis dans cette affaire ont nié toute dilapidation de fonds ou favoritisme. Le responsable de la filiale de messagerie rapide a indiqué que la location de la villa d’El Biar devait servir à un projet de pôle pour la presse numérique, resté sans suite. De son côté, l’ex-directeur du pôle communication-signalétique a défendu la rentabilité de ses opérations, affirmant avoir «redynamisé une structure paralysée depuis 2003». Les juges ont relevé, au fil des débats, des écarts entre les volumes publicitaires et les tirages de certains titres, parfois sur quatre pages pour des journaux à diffusion marginale. La défense, quant à elle, a plaidé la relaxe pure et simple de ses clients, estimant que les expertises versées au dossier «manquent de base légale et de rigueur méthodologique». Le verdict sera rendu aujourd’hui.
