Le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, a rendu hier son verdict dans l’affaire dite «ANEP 2», l’un des dossiers de corruption les plus médiatisés du secteur de la communication.
Par Redouane Hannachi
Le président du pôle financier et économique, spécialisé dans les affaires de malversation et de corruption, a condamné Djamel Kaouane, ancien ministre de la Communication, à 8 ans de prison ferme assortis d’une amende d’un million de dinars. Son prédécesseur, Hamid Grine, a écopé de 4 ans de prison ferme et d’une amende de 100 000 dinars, tandis que l’ex-directeur général de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), Amine Echikr, a été condamné à 4 ans de prison ferme et à une amende d’un million de dinars.
Des réquisitions sévères du parquet
Lors du procès, le procureur de la République avait requis 10 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars à l’encontre de Djamel Kaouane et d’Amine Echikr. Il avait également demandé 6 ans de prison ferme contre Hamid Grine, ainsi que 8 ans contre M. Chérif, ex-directeur de la branche communication et signalétique de l’ANEP, et B. Ammar, ancien directeur de la filiale de messagerie rapide de l’agence. D’autres peines, allant de 5 à 7 ans de prison, avaient été requises contre plusieurs cadres accusés de complicité dans la gestion jugée frauduleuse de la publicité publique.
Les explications de Djamel Kaouane
À la barre, l’ancien ministre Djamel Kaouane a longuement nié les faits de favoritisme et de dilapidation des deniers publics qui lui sont reprochés. Il a rappelé avoir dirigé l’ANEP entre mai 2015 et mai 2017, avant d’être nommé ministre de la Communication. «Je fais l’objet d’allégations dénuées de toute preuve légale», a-t-il déclaré, estimant que l’ANEP est une entreprise commerciale fonctionnant selon les lois du marché, sans réglementation spécifique encadrant l’attribution des espaces publicitaires. Concernant la convention signée avec le Métro d’Alger, Kaouane a expliqué que, bien qu’il ne s’agisse pas d’un marché public au sens strict, la transaction a été conclue dans un cadre légal par entente directe, et qu’elle s’était révélée «rentable pour l’agence». Il a ajouté que le contrat concernait 14 stations de métro, preuve selon lui de son importance économique, et assuré que toutes les opérations avaient été menées dans la transparence.
Les précisions de l’ex-DG de l’ANEP
Pour sa part, Amine Echikr, ex-PDG de l’ANEP (mai 2018 – avril 2019), a reconnu avoir informé le conseil d’administration que son épouse détenait 80 % du capital du journal Reporters. Il a toutefois nié toute augmentation injustifiée des parts publicitaires au profit de cette publication, évoquant de simples «rattrapages de paiements». Face aux magistrats, il a admis que la répartition des annonces pouvait parfois obéir à des «recommandations de l’exécutif», mais toujours, selon lui, dans le respect de la légalité.
Les dénégations de Hamid Grine
L’ancien ministre Hamid Grine, en poste de 2014 à 2017, a lui aussi nié l’ensemble des accusations portées contre lui. Il a affirmé que le ministère de la Communication n’avait qu’une tutelle «théorique» sur l’ANEP et que les décisions relatives à la publicité étaient souvent «arbitrées ailleurs», notamment au niveau de la présidence de la République. Sur la question de la presse déficitaire, il a évoqué la nécessité d’un recouvrement rigoureux face à plus de 200 milliards de centimes d’impayés, tout en admettant avoir pu recommander ponctuellement la publication d’une page dans un titre donné, «sans caractère impératif».
Les cadres blanchis
Plusieurs cadres de l’agence, également poursuivis pour complicité de dilapidation de deniers publics, ont été innocentés par le tribunal. Ils avaient tous contesté les accusations de favoritisme et de mauvaise gestion, soutenant que leurs décisions visaient à moderniser une structure «en sommeil depuis 2003» comme l’a précisé l’ex-directeur du «pôle communication t signalétique» et à relancer des activités commerciales jugées bénéficiaires.
Les avocats de la défense, de leur côté, ont plaidé la relaxe pure et simple de leurs clients, estimant que les expertises présentées au dossier étaient non fondées et entachées d’irrégularités.
R.H.
