Le 14 octobre, le pôle économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed examinera l’affaire dite «ANEP 2», qui implique plusieurs hauts responsables, dont deux anciens ministres de la Communication, Djamel Kaouane et Hamid Grine.
Le premier, Kaouane, est en détention provisoire, tandis que Grine est placé sous contrôle judiciaire. Treize autres personnes, parmi lesquelles Amine Echikr, ex-directeur général de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), comparaîtront également pour corruption, dilapidation de deniers publics et abus de fonction.
Un vaste réseau de favoritisme
L’enquête, ouverte il y a deux ans, a révélé de graves irrégularités dans la gestion de la publicité institutionnelle confiée à l’ANEP, organisme chargé de la distribution des annonces publiques à la presse. Selon le dossier d’instruction, d’importantes sommes auraient été versées à des journaux fictifs ou sans impact éditorial, tandis que certains titres proches de responsables politiques auraient bénéficié d’un traitement préférentiel. L’ex-directeur général Amine Echikr est notamment accusé d’avoir alloué de larges volumes de publicité à un quotidien dirigé par son épouse, permettant à ce média d’empocher plusieurs milliards de centimes en quelques années. Ces pratiques auraient causé un préjudice estimé à plusieurs dizaines de milliards de centimes au Trésor public. Les juges examineront également le rôle de Kaouane et Grine dans la validation de ces contrats jugés abusifs, alors qu’ils occupaient successivement des postes de responsabilité à la tête du ministère de la Communication.
Des antécédents judiciaires
Ce nouveau procès intervient après l’affaire dite « ANEP 1 », jugée en juin dernier, dans laquelle l’ancien ministre Abdelkader Khomri avait été condamné pour dilapidation de deniers publics. L’affaire «ANEP 2» devrait, selon des sources judiciaires, révéler les rouages d’un système ayant longtemps permis le détournement de la publicité d’État au profit de réseaux d’intérêts. Les investigations couvrent la période 2008-2018, durant laquelle Kaouane et Echikr se sont succédé à la direction de l’agence, avant que Kaouane ne soit nommé ministre de la Communication en 2017. Les prévenus sont poursuivis sur la base de la loi n° 06-01 du 20 février 2006 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption, qui sanctionne sévèrement tout abus d’autorité, détournement ou favoritisme dans la gestion des biens publics.
Les enquêteurs évoquent des preuves matérielles accablantes : documents comptables, correspondances internes et relevés bancaires confirmant l’existence de flux financiers anormaux entre l’ANEP et certains titres de presse. Ce procès, très attendu, symbolise la volonté du parquet de poursuivre les affaires de corruption touchant les institutions publiques, notamment dans le secteur de la communication. Les avocats des anciens ministres assurent, de leur côté, que leurs clients n’ont tiré aucun bénéfice personnel et qu’ils n’ont fait qu’exécuter les procédures administratives en vigueur. Ils affirment vouloir démontrer que «le dossier repose davantage sur des interprétations que sur des faits».
R.H.
