Lors de la dernière audience, du procès de l’affaire dite «ANEP 2», tenue au tribunal d’Alger, le procureur de la République a présenté son réquisitoire, dans lequel il a requis de lourdes peines à l’encontre des principaux accusés, dont deux anciens ministres de la Communication.
Par Redouane Hannachi
Dans sa plaidoirie, le procureur a affirmé que l’ensemble des éléments à charge – preuves matérielles et documents juridiques – confirment l’implication des mis en cause dans des affaires de détournement et de dilapidation de deniers publics, d’octroi d’indus avantages, et de passation de contrats irréguliers. Le parquet a requis 10 ans de prison ferme assortis d’une amende d’un million de dinars contre Djamel Kaouane, ancien ministre de la Communication, ainsi que contre Amine Echikr, ex-PDG de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP). À l’encontre de Hamid Grine, ministre de la Communication entre 2014 et 2017, le procureur a demandé une peine de 6 ans de prison ferme, accompagnée de la même amende. D’autres peines ont également été demandées notamment 8 ans de prison ferme pour M. Chérif, ex-directeur du pôle communication et signalétique de l’ANEP, 8 ans également pour B. Ammar, ancien directeur de la filiale de messagerie rapide. D’autres prévenus risquent entre 5 et 7 ans de prison, tous assortis d’une amende d’un million de dinars.
Les accusés rejettent les accusations
Appelé à la barre, Djamel Kaouane a contesté fermement les charges. Il a rappelé avoir dirigé l’ANEP de mai 2015 à mai 2017 avant d’être nommé ministre. Selon lui, l’ANEP est une entreprise à vocation commerciale qui n’est pas soumise aux règles classiques des marchés publics en matière de distribution de publicité. Il a nié toute irrégularité dans les conventions signées sous sa direction, notamment celle conclue avec le Métro d’Alger, qu’il a qualifiée de légale et rentable, conclue sur la base d’un accord mutuel. Il a également réfuté toute forme de favoritisme, précisant que les publicités étaient attribuées selon la demande des clients et documentées de manière transparente. Concernant EURL Numidia, il a indiqué qu’un seul propriétaire s’était plaint d’un traitement inégal, sans que cela ne constitue, selon lui, une preuve de partialité. À propos de la location d’une villa à El-Biar, Kaouane a précisé que l’idée d’en faire un bien de l’ANEP était en cours d’étude lorsqu’il a quitté ses fonctions.
Echikr évoque des «recommandations» de l’exécutif
De son côté, Amine Echikr, PDG de l’ANEP entre mai 2018 et avril 2019, a reconnu avoir informé le conseil d’administration de la participation majoritaire de son épouse (80 %) dans le journal Reporters, mais il a assuré qu’aucun traitement de faveur n’avait été accordé à ce média. Il parle simplement de « rattrapages de paiements » et évoque, sans les détailler, des «recommandations de l’exécutif » comme base de certaines décisions de répartition publicitaire.
Hamid Grine se défausse sur la présidence
L’ancien ministre Hamid Grine a, pour sa part, rejeté toute implication, affirmant que les grandes orientations publicitaires étaient souvent arbitrées au niveau de la présidence, et non par son ministère. Il a déclaré avoir appliqué des mesures de recouvrement strictes face à des impayés atteignant 200 milliards de centimes. Il a aussi admis avoir «suggéré», de manière ponctuelle, l’attribution de publicités à certains titres de presse, mais sans caractère contraignant. Les autres responsables poursuivis dans cette affaire ont eux aussi nié les faits. Le directeur de l’Anep messagerie express (AME) a justifié la location de la villa d’El-Biar par un projet de pôle dédié à la presse en ligne, finalement abandonné. Quant à l’ex-directeur du pôle communication-signalétique, il a déclaré avoir relancé une structure inactive depuis 2003, mettant en avant des opérations jugées «bénéfiques». Les magistrats ont toutefois souligné des incohérences dans les répartitions des espaces publicitaires, avec des titres à faible tirage ayant bénéficié de plusieurs pages, sans justification apparente.
Les avocats des prévenus ont demandé la relaxe pure et simple, estimant que les expertises versées au dossier ne sont pas fondées sur des bases juridiques solides. Le président du tribunal a annoncé que l’affaire est mise en délibéré. Le jugement sera rendu le 22 octobre.
R.H.
