La persistance des tensions sur les étals alimente le débat sur l’efficacité des circuits commerciaux et la nécessité d’une meilleure régulation du marché.
Les prix des légumes et des fruits demeurent à des niveaux élevés sur plusieurs marchés algériens en cette période estivale, alors même que la saison est marquée par une offre importante de produits locaux. Cette situation, particulièrement visible dans le commerce de détail, pèse davantage sur les ménages aux revenus modestes et relance les interrogations sur le fonctionnement de la chaîne de distribution.
Habituellement, l’arrivée des récoltes saisonnières contribue à détendre les prix de plusieurs produits agricoles. Cette année, la baisse attendue se fait, toutefois, moins sentir. Dans plusieurs marchés de détail, le kilogramme de nombreux légumes dépasse les 100 dinars, tandis que certains fruits locaux et de saison franchissent les 200 dinars.
Le ministère de l’Agriculture a cessé, depuis quelque temps, de publier sur sa page Facebook ses bulletins de prix des fruits et légumes, qui constituaient auparavant un indicateur de référence pour suivre l’évolution des tarifs des produits agricoles.
Des prix qui restent élevés en pleine saison
La pomme de terre, très présente dans les habitudes alimentaires des ménages algériens, illustre cette évolution. Son prix de détail se situe autour de 75 à 100 dinars le kilogramme dans plusieurs marchés, avec des tarifs pouvant être inférieurs selon les points de vente. Sur certains marchés de gros, notamment à Bougara, dans la wilaya de Blida, les prix ont également atteint des niveaux élevés.
D’autres produits affichent eux aussi des tarifs importants. La laitue peut atteindre 200 dinars le kilogramme, la carotte environ 120 dinars, tandis que la courgette et le poivron se situent autour ou au-dessus de 100 dinars, selon les marchés. La tomate, produit de saison, reste relativement plus accessible dans certains points de vente, même si les prix varient sensiblement selon la qualité et le circuit de commercialisation.
L’oignon, qui avait connu des niveaux plus bas durant l’été précédent, s’échange cette année autour de 80 dinars le kilogramme dans certains marchés. Les haricots verts restent, pour leur part, généralement au-dessus de 150 dinars.
Du côté des fruits, les prix restent également soutenus. Les pêches, pommes, raisins et prunes de qualité courante ou moyenne dépassent souvent les 200 dinars le kilogramme, tandis que les meilleures qualités peuvent atteindre, voire dépasser, 300 dinars. Le melon et la pastèque constituent ainsi, pour de nombreux consommateurs, des alternatives plus accessibles, avec des prix pouvant rester inférieurs à ceux de la plupart des autres fruits.
Des écarts importants entre les points de vente
Une tournée effectuée dans les marchés de fruits et légumes de la capitale fait apparaître des écarts parfois significatifs d’un point de vente à l’autre. La tomate, par exemple, peut être proposée à des prix sensiblement différents selon le marché, la qualité du produit et le commerçant. Le même constat est observé pour la pomme de terre, l’oignon, le concombre ou encore les haricots verts.
Pour les commerçants de détail, ces différences s’expliquent notamment par les prix auxquels ils achètent leurs marchandises sur les marchés de gros. Un détaillant rencontré au marché de Belouizdad estime ainsi que son activité ne constitue qu’un maillon de la chaîne et que la hausse du prix d’achat se répercute nécessairement sur le prix payé par le consommateur.
Certains commerçants expliquent également réduire leurs achats lorsque le prix d’un produit augmente afin d’éviter de supporter des pertes en cas de baisse rapide de la demande ou des cours.
La distribution au cœur des interrogations
Pour l’Association de protection du consommateur «El Aman», cette situation met surtout en évidence les difficultés persistantes liées à l’organisation du marché. L’association estime que l’abondance d’un produit ne se traduit pas systématiquement par un prix accessible au consommateur, notamment en raison de la multiplication des intermédiaires et de l’absence d’un réseau de distribution suffisamment structuré.
Elle plaide notamment pour le développement de grandes plateformes de distribution et d’espaces commerciaux permettant de raccourcir les circuits entre producteurs et consommateurs. La création ou la réhabilitation de marchés de proximité permanents, ainsi que l’organisation de marchés hebdomadaires dédiés aux produits agricoles, figurent également parmi les pistes avancées.
L’association recommande, par ailleurs, une professionnalisation progressive du secteur de la distribution et le recours à des outils numériques permettant de suivre les volumes produits, les flux de marchandises, les niveaux de disponibilité et l’évolution des prix.
Davantage de données pour mieux suivre les marchés
L’association El Aman insiste également sur la nécessité d’un meilleur suivi du marché de détail. Elle relève notamment les écarts parfois importants observés entre deux commerces ou deux marchés proches et considère que l’affichage clair des prix, ainsi qu’une meilleure organisation des circuits de commercialisation, pourraient contribuer à améliorer la transparence.
Elle estime également que le développement d’infrastructures de stockage et de grandes plateformes commerciales pourrait bénéficier à la fois aux producteurs et aux consommateurs. Selon elle, une organisation plus professionnelle des circuits permettrait notamment de mieux encadrer les relations commerciales entre agriculteurs et distributeurs.
La question des intermédiaires occupe ainsi une place centrale dans les propositions de l’association. L’objectif avancé n’est pas de supprimer les différents maillons nécessaires à la commercialisation, mais de réduire les circuits excessivement longs et de renforcer leur traçabilité.
I. Khermane
