Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu, hier, Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre française des Armées et des Anciens combattants, porteuse d’un message du président français, Emmanuel Macron, au président de la République.
Mme Rufo était accompagnée de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, précise un communiqué de la présidence de la République.
L’audience s’est déroulée en présence du ministre d’Etat, chargé de l’Inspection générale des services de l’Etat et des Collectivités locales, Brahim Merad, du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, et du conseiller auprès du président de la République, chargé des affaires diplomatiques, Amar Abba.
Si rien n’a filtré jusque-là sur la teneur des discussions entre les deux partis, ni du message de Macron, l’on devine aisément que la reprise des relations «apaisées» entre les deux pays y est au centre.
Dans son message à l’occasion du 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945, le président Tebboune a été on ne peut plus clair. «Ces sacrifices douloureux demeureront à jamais l’un des chapitres glorieux de notre histoire contemporaine», a-t-il d’abord rappelé, soulignant qu’ils «resteront présents, dans tous leurs détails, dans le dossier de la mémoire, qui constitue l’un des fondements essentiels pour bâtir des relations affranchies de la glorification outrancière d’une époque coloniale sombre et injuste, ainsi que d’un discours extrémiste prisonnier d’une nostalgie illusoire et révolue».
Dans un communiqué rendu public à la veille de la visite de Rufo et la reprise de fonction de l’ambassadeur Romatet, l’Elysée a souligné, en évoquant «la répression» des manifestations du 8 mai 1945, que «c’est la vérité de notre histoire et c’est l’honneur de la France de la regarder en face».
Pour l’Elysée, «cette démarche témoigne de la volonté du président de la République de traiter des relations entre la France et l’Algérie avec honnêteté, dans le respect de toutes les mémoires qui y sont liées», soulignant que «la lucidité avec laquelle la France regarde l’histoire doit aujourd’hui permettre de nouer des relations confiantes et prometteuses pour l’avenir, dans l’intérêt même des peuples français et algérien».
C’est donc dans cet état d’esprit que devraient évoluer les relations souvent tendues entre les deux pays. C’est, du moins, les vœux des deux Présidents.
Dépasser les séquelles du passé
C’est également dans le même ordre d’idée que le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’ANP, a plaidé, hier, pour un dépassement des «séquelles du passé colonial tragique» entre l’Algérie et la France, tout en préservant le devoir de mémoire.
S’exprimant lors de l’audience accordée à Alice Rufo, en visite officielle en Algérie, le chef d’état-major de l’ANP a estimé que «les deux pays» doivent œuvrer «conjointement pour dépasser les séquelles du passé colonial tragique, sans pour autant l’oublier, et aspirer à un avenir fondé sur le respect mutuel».
Selon le communiqué du ministère de la Défense nationale, la rencontre s’est tenue au siège de l’état-major de l’ANP en présence de hauts responsables militaires algériens et des membres de la délégation française. Le général d’armée Saïd Chanegriha a souligné que cette visite est «à même d’insuffler une nouvelle dynamique aux relations de coopération entre les deux pays», notamment dans les domaines liés à la coordination et aux questions d’intérêt commun.
Le général d’armée a également rappelé que cette visite intervient à la veille de la célébration de la Journée nationale de la mémoire commémorant les massacres du 8 Mai 1945, qu’il a qualifiés de «tournant décisif dans l’histoire éternelle de l’Algérie et dans son parcours de lutte pour la liberté et l’affranchissement».
«Le peuple algérien, qui avait participé et consenti des sacrifices durant la Seconde Guerre mondiale, était en plein droit de revendiquer un État indépendant, souverain dans ses décisions et prospère par ses richesses», a affirmé le chef d’état-major de l’ANP, cité dans le communiqué.
Les discussions entre les deux parties ont porté sur «les voies et moyens de renforcer la coordination sur les questions d’intérêt commun» ainsi que sur «l’état de la coopération militaire bilatérale entre les armées des deux pays», précise la même source.
De son côté, Alice Rufo a salué «l’accueil chaleureux» qui lui a été réservé et s’est félicitée de sa participation aux cérémonies commémoratives des massacres du 8 mai 1945 dans la wilaya de Sétif.
S.M
